Fantrad du roman "The Adventure of Dai - Each Way"

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Miss DQFan
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Vendredi 9 Février 2024 à 09:32

Bonjour tout le monde ! smiley

Vous vous souvenez peut-être de l'annonce, fin 2022, de la publication d'un roman dérivé de la saga The Adventure of Dai. Celui-ci compile en réalité 5 historiettes inédites, chacune axée autour d'un ou plusieurs personnages clefs de l'aventure : Dai, Pop, Maam, Hyunckel & Crocodine, et enfin Léona. Si leur intérêt est faible sur le plan purement littéraire (le texte étant relativement épuré et accessible), ces nouvelles nous permettent de passer un peu plus de temps avec les disciples d'Avan et d'apprendre à mieux les connaître.

Source image : U-Next

 

Nous espérons évidemment bénéficier d'une traduction officielle dans le futur mais, dans l'attente, nous vous proposons de replonger dans l'univers de Dai avec une fantrad réalisée par mes soins. Il s'agit d'un travail purement amateur mais j'ai fait de mon mieux pour coller autant que possible au texte original, même si des adaptations se sont parfois avérées nécessaires.

Vous pouvez télécharger chaque chapitre en .pdf via les liens ci-dessous ou les lire directement dans le message suivant. Pour le moment, seul le chapitre 1 est terminé mais les autres ne sauraient tarder.

  • Chapitre 1 : Le disciple de Dai (Dai)
  • Chapitre 2 : Un navire fantôme apparaît (Popp)
  • Chapitre 3 : Apprendre Mahoimi (Maam)
  • Chapitre 4 : La forteresse de Rochedémon (Hyunckel & Crocodine)
  • Chapitre 5 : Léona au repos (Léona)

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Je suis modeste comme tous les génies.
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Miss DQFan
Dragon Quest SlimeDragon Quest SlimeDragon Quest SlimeDragon Quest Slime
Vendredi 9 Février 2024 à 09:33

Chapitre 1 - Le disciple de Dai

 

L’armée de monstres de glace et de feu, dirigée par le redoutable Flazzard, l’un des six légats de l’armée du Mal, fut mise en déroute alors qu’elle s’apprêtait à envahir le royaume de Papnica. La famille royale fit célébrer chaleureusement cette victoire et la reconquête de la capitale. Bientôt, les habitants purent réintégrer la ville et entamer la reconstruction des routes et bâtiments détruits durant l’assaut. Papnica se mit alors peu à peu à retrouver sa dynamique d’antan. Sa renaissance commençait.

 

Dai, le petit héros derrière cette victoire, était assis sur la côte, près de la ville fortifiée. Les yeux fermés, plongé dans ses pensées. Il semblait si calme que l’on aurait presque pu croire qu’il s’était assoupi – à ceci près qu’il prenait appui sur le sol avec sa tête et croisait les jambes en l’air,  les pieds pointés en direction du ciel. Il ne se servait étonnamment pas de ses mains pour garder son équilibre mais faisait tout reposer sur la seule force de sa nuque. Et non, il ne s’agissait pas là d’acrobaties fantasques mais bien d’une technique de méditation recommandée par l’archimage Matoriv. En la pratiquant aussi sérieusement que possible, il espérait renforcer ses pouvoirs magiques tout en cultivant son sens de l’équilibre.
À côté de lui, un garçon un peu plus âgé s’entraînait à lancer des sorts. Il s’agissait évidemment de Pop, le magicien qui l’accompagnait depuis le début de son périple.
— Begirama !
Des rayons de chaleur s’échappèrent de sa paume ouverte et filèrent vers l’océan, défiant la résistance acharnée des vagues.
— T’as vu ça, Dai ? On dirait bien que mon Begirama est devenu plus puissant !
— C’est incroyable, Pop !
— N’est-ce pas !
En effet, grâce aux conseils de l’archimage Matoriv, les capacités magiques de Pop s’amélioraient lentement mais régulièrement. Dai ne pouvait pas en dire autant et devait redoubler d’acharnement avec des entraînements quotidiens. S’il aurait aimé que Matoriv lui apprenne à utiliser des sorts plus puissants, il commençait à admettre que son ami était bien meilleur que lui dans la maîtrise de la magie. Pourtant, bien que doué, Pop restait… fidèle à lui-même. Aussi, Dai ne pouvait s’empêcher de penser que leur petite compagnie se porterait peut-être un peu mieux s’il était lui aussi capable de lancer quelques sorts redoutables. C’était pour cette raison qu’il avait accepté de suivre l’entraînement ennuyeux de Matoriv, espérant obtenir de bons résultats et passer rapidement à la vitesse supérieure.
Mais tout à coup, il interrompit sa méditation et se remit brusquement debout.
— Dai ? Quelque chose ne va pas ? s’enquit Pop.
— Je sens une présence…
— Quoi ? L’armée du Mal ?
Dai secoua la tête, les lèvres crispées.
— Non… ce n’est pas vraiment une présence menaçante… souffla-t-il.
— Comment ça ?
L’instant d’après, une silhouette jaillit des buissons auxquels ils tournaient le dos. Pop se prépara à riposter mais Dai le saisit aussitôt par le bras.
— Pop, attends ! C’est un enfant !
Et en effet, devant eux se tenait un jeune garçon. Légèrement plus jeune que Dai à vue d’œil, il semblait complètement à bout de souffle.
— Tu… tu es le héros Dai, n’est-ce pas ? demanda-t-il après avoir respiré un bon coup.
— Oui, mais…
— J’en étais sûr !
Le visage du garçon s’illumina et il effectua une révérence avant de plonger ses yeux dans ceux de Dai.
— S’il te plaît… s’il te plaît, accepte-moi comme disciple !
Pris de court, Dai le dévisagea d’un air estomaqué, comme s’il ne comprenait pas le sens de cette demande inattendue.
— Mais pourquoi… ? bégaya-t-il.
— Dai, intervint Pop, je crois que tu es devenu un modèle.
L’enfant acquiesça avec enthousiasme tandis que Dai demeurait interdit. Il en aurait presque perdu l’équilibre.

 

— Et vlan ! Dai a porté le coup fatal à Flazzard !
— Dis donc, Tran, tu racontes la scène comme si tu l’avais vécue…
Tran, galvanisé par son récit, approcha son visage de celui de Pop.
— Mais toute la ville en parle ! Les troubadours en font des chansons ! Je suis même sûr que cette histoire sera racontée dans des livres illustrés !
Pendant ce temps, Dai les écoutait avec embarras. Depuis son arrivée, Tran n’avait cessé de chanter ses louanges et d’exprimer son admiration alors qu’il était là, juste en face de lui.
— Quand je pense que maître Dai a battu un légat de l’armée du Mal alors qu’il est à peine plus âgé que moi ! C’est impressionnant !
— Et moi alors ? Je parie que tu ne sais même pas qui je suis, bougonna Pop.
— Bien sûr que je le sais ! Tu es le mage Pop, celui qui ne fuit jamais le combat et lutte jusqu’à la fin… en tout cas, c’est ce que tout le monde raconte. Mais c’est maître Dai que j’admire le plus et j’espère devenir aussi fort que lui ! D’ailleurs, maître, tu m’apprendras à manier l’épée ?
— Je ne sais pas, soupira Dai en croisant les bras. Un maître doit être extrêmement puissant et surtout capable de transmettre des enseignements. Je ne suis pas sûr d’être à la hauteur.
— Mais tu as battu Flazzard !
— Certes, mais… en fait, je ne sais même pas si j’ai quoi que ce soit à enseigner. Et puis nous sommes en pleine lutte contre l’armée du Mal, je n’ai pas le temps d’entraîner un élève.
— S’il te plaît ! Juste quelques jours !
Tran agrippa le garçon par le bras pour mieux l’implorer du regard. Dai sentit soudain un drôle d’émoi au plus profond de lui-même. Les yeux pleins d’espoir de l’enfant lui rappelaient sa rencontre avec l’inoubliable Avan… le bref mais intense entraînement qu’il avait suivi à ses côtés et sans lequel il n’aurait jamais délivré le royaume de Papnica des griffes de Flazzard.
— Bon… soupira-t-il en posant les mains sur les épaules de Tran. Juste quelques jours, d’accord ?

 

— Je vais donc arrêter de suivre votre programme d’entraînement pour le moment.
Matoriv, qui avait écouté le récit de Dai d’une oreille distraite tout en se curant le nez,  finit par hocher la tête.
— Ce n’est pas très grave, fit-il. En vérité, ce programme d’entraînement était juste un moyen de te tenir occupé. J’en avais assez que tu me supplies de t’apprendre la magie.
L’expression outrée du garçon ne sembla pas faire culpabiliser l’archimage le moins du monde.
— Prendre un élève sous son aile demande beaucoup d’implication, continua Matoriv. C’est aussi un bon moyen d’apprécier ses propres capacités sous un nouvel angle et, par conséquent, de s’améliorer.
— Dans ce cas, j’ai bien fait d’accepter ?
— Je te souhaite bonne chance.
Dai se mit aussitôt à réfléchir. Que pouvait-il bien enseigner à son élève et comment s’y prendre ? Après tout, Tran était déterminé à devenir aussi fort que lui. Il ne devait surtout pas le décevoir en proposant un entraînement médiocre.
— Je pourrais commencer par lui apprendre Mera.
— T’es bien ambitieux !
Matoriv asséna un coup de bâton sur le crâne de Pop.
— Hé, pourquoi cette différence de traitement ? geignit ce dernier en se frottant la tête.
— Contente-toi de suivre ton propre entraînement au lieu de commenter celui des autres, gronda l’archimage. D’ailleurs, à partir d’aujourd’hui, on double l’intensité du programme.
— Quoi ?! Mais c’est plutôt une pause qu’il me faudrait…
Dai observait cette scène d’un air absent, à nouveau perdu dans ses pensées. Lesquelles le hantèrent toute la nuit durant.

 

Le lendemain matin, Tran vint retrouver Dai près de la côte. Toujours aussi enthousiaste, un sac d’herbes médicinales accroché à sa ceinture, une épée en bois à la main.
— Alors, maître ? Quel genre de formation vais-je suivre ?
Dai le regarda. Cette fois, il n’était pas spécialement nerveux malgré l’air presque impertinent de ce garçon. En fait, après réflexion, il commençait à penser qu’un entraînement exigeant serait la meilleure des choses à lui proposer. De toute façon, il était trop tard pour reculer.
— Bon. Je t’ai préparé un programme d’entraînement particulièrement difficile.
— Vraiment ?
— Oui, vraiment. J’espère que tu tiendras le coup.
— Compte sur moi !
Dai lui demanda alors d’attendre un instant et se retira non loin. Il revint avec un gros rocher dans les bras et le déposa aux pieds de Tran.
— Tu vois cette pierre ? fit-il. Elle est incroyablement lourde, en tout cas pour un humain lambda. Je vais te demander de la couper en deux avec ton épée.
Tran écarquilla les yeux tandis que sa bouche s’ouvrait sans laisser échapper le moindre son. Ce qui amusa Dai ; après tout, lui aussi avait été surpris par les méthodes d’entraînement de maître Avan. Et, dans le fond, cette réaction le satisfaisait. Il allait peut-être bien commencer à prendre goût à cette situation.
— Ne t’inquiète pas, c’est moins difficile que ça en a l’air, dit-il. Une seule journée d’entraînement m’a suffi pour réussir cet exercice.
— Quoi… ? Une journée ?
— Allez, au travail !
Et Tran s’écroula sur le sol au bout d’une heure d’entraînement. Il n’avait pas la moindre envie d’abandonner si tôt mais sa seule motivation ne suffisait pas. Son corps ne répondait plus. Il n’était tout simplement pas assez endurant et Dai commençait à s’en rendre compte.
— Puisqu’il en est ainsi, je vais t’apprendre à maîtriser ton esprit combatif ! dit-il.
— Hein ? Qu’est-ce que c’est ?
Sans répondre, Dai se contenta d’empoigner fermement son épée et se concentra de telle sorte que la lame se mit à luire fortement.
— Voici… l’Avan Strash !
    Son épée fendit l’air avec un rugissement terrible et un nuage de poussière aveugla les garçons pendant quelques instants. Lorsqu’il retomba, il ne restait pas la moindre trace du rocher. Tran n’en croyait pas ses yeux. La force de l’esprit pouvait-elle être si redoutable ?
— Je suis sûr que tu peux y arriver aussi, reprit Dai. Il faut que tu essaies d’accumuler toute ta force dans ta main, jusqu’à ce que tu la sentes chauffer.
Tran opina et les deux garçons se mirent en garde, face à face. Tran empoigna fermement son épée et, après quelques secondes de concentration, il sentit que son esprit combatif commençait à se concentrer dans son poing.
— Je crois que c’est bon ! cria-t-il.
— Alors relâche tout ! Vas-y !
Et Tran abattit son épée vers l’avant avec toute sa force. Sans succès. Le bois trancha l’air en vain, sans être animé par la moindre lueur d’énergie. Dai secoua la tête avec dépit.
— Bon, essayons autre chose.
Il guida Tran jusqu’à la plage et lui banda les yeux avec un foulard.
— Si tu ne veux pas être renversé par la prochaine vague, tu vas devoir la fendre avec ton épée. Tu penses pouvoir y arriver ?
— Oui !
Tran se plaça à nouveau en position offensive et, le moment venu, envoya son bras armé vers l’avant… trop tard. La vague l’enveloppa entièrement et le projeta au sol.
— Je vais réessayer… crachotta-t-il.
Mais son attitude trahissait sa fatigue. La lueur dans ses yeux s’était éteinte. Dai comprit que le pauvre garçon avait déjà atteint ses limites.
— Allez, ça suffit pour aujourd’hui.
Tran se remit debout en prenant appui sur son épée et tituba pour aller récupérer son sac.
— Tu veux que je te raccompagne ? demanda Dai.
— Non merci, ça va aller. J’ai hâte d’être à demain pour reprendre l’entraînement.
Dai fit la moue. Il commençait à regretter sa décision en voyant l’état dans lequel Tran se trouvait. Peut-être y était-il allé un peu trop fort ? Tran avait fait preuve d’une volonté remarquable mais, après tout, il avait fortement insisté pour suivre cet entraînement. Il était trop tard pour faire marche arrière, même si ses limites étaient mises à rude épreuve.
Dai et Gomé observèrent la silhouette de Tran se faire plus petite à mesure qu’il s’éloignait de la côte.

 

— Bonjour, maître !
Le lendemain matin, Tran se rendit sur la plage avec son entrain habituel.
— Je suis content de te voir, Tran. J’avais un peu peur que tu veuilles arrêter.
— N’importe quoi ! Si je t’ai demandé de me prendre comme élève, c’est parce que je suis prêt à dépasser mes limites !
Et c’est ainsi que l’entraînement reprit. Tran fit preuve d’une grande motivation, enchaînant les exercices, se relevant aussitôt après chaque chute, écoutant attentivement les directives de son maître et lui posant quelques questions. Néanmoins, il ne progressait pas vraiment et en était le premier désolé.
— Ne me laisse pas tomber, maître ! supplia-t-il.
Il leva sur Dai des yeux implorants, comme si celui-ci était la seule personne à avoir jamais cru en lui. Mais Dai restait perplexe. Quelque chose clochait et il ne comprenait pas quoi exactement. Il avait naïvement pensé que reproduire le programme d’Avan suffirait mais, de toute évidence, cela ne fonctionnait pas avec Tran. Et il en était sincèrement navré.

— Matoriv avait raison, soupira Dai, les yeux rivés sur le plafond de sa chambre d’auberge. Ce n’est pas donné à tout le monde d’être un bon enseignant.
— On dirait que ça ne se passe pas aussi bien que prévu ?
Pop, allongé sur le lit voisin, lui décocha un sourire narquois.
— Tu sais, le problème ne vient pas forcément de toi. Peut-être que ce garçon est tout simplement incapable de faire ce que tu lui demandes. Attends, tu imagines un peu si tout le monde pouvait se battre comme toi ? L’armée du Mal serait anéantie en un rien de temps.
Pop se redressa et vint s’asseoir à côté de son ami.
— J’ai suivi l’entraînement de maître Avan pendant un an, tu te souviens ? Et pourtant, il ne t’a fallu que quelques jours pour devenir un meilleur épéiste que moi.
— C’est vrai, mais…
— Écoute. La plupart des gens sont comme moi, pas comme toi. Ils ont besoin de temps pour apprendre et progresser. Alors fais les choses à son rythme, pas au tien, et ne te préoccupe pas du résultat. Il ne deviendra pas un grand guerrier en l’espace de quelques jours mais il sera certainement ravi d’avoir appris à tes côtés.

 

Le lendemain, Tran se présenta à l’heure. Les mots de Pop résonnaient encore aux oreilles de Dai : laisser Tran apprendre à son rythme sans se préoccuper du résultat ? Cela ne signifiait pas pour autant que leur entraînement ne porterait pas ses fruits. Alors ils reproduisirent les exercices habituels et Dai ne se montra pas plus indulgent que les jours précédents. Sans surprise, Tran perdit tous leurs duels mais se releva à chaque fois, et ce jusqu’à ne plus avoir la moindre force.
— Tran, j’ai bien réfléchi à tout ça… soupira Dai en s’approchant de lui. En toute honnêteté, je ne pense pas pouvoir t’aider à devenir plus fort.
— Quoi… ?
— Je ne suis pas un bon enseignant, je ne suis pas fait pour enseigner quoi que ce soit. J’ai voulu reproduire l’entraînement de maître Avan car c’est ce qui m’a permis de progresser rapidement, mais ça ne suffira pas. En fait, je pense que tu dois trouver un vrai maître, quelqu’un qui sera pour toi le mentor qu’Avan a été pour moi.
— Mais…
Le visage de Tran se tordit en une grimace peinée mais Dai semblait résolu à mettre un terme à leur entraînement.
— Je suis prêt à subir un entraînement encore plus rude ! s’exclama Tran avec désespoir. Je veux devenir un héros !
— Tran… ça ne changera rien. Je ne suis pas fait pour ça. Tu finiras bien par rencontrer un meilleur maître que moi.
— Mais je n’ai pas le temps d’en chercher un autre !
— Comment ça, « pas le temps » ? répéta Dai, confus.
Tran ne répondit rien, comme s’il venait de réaliser qu’il en avait trop dit. Il se mit alors à ramasser ses affaires.
— Tran, qu’est-ce que ça signifie ?
— Je suis trop fatigué pour continuer. On reprendra l’entraînement demain, d’accord ?
Et il détala sans jeter un regard en arrière.

 

— « Je n’ai pas le temps », hein ? Pop marmonna en s’allongeant sur son lit. Voilà qui est curieux.
— Je ne comprends pas ce que ça peut sous-entendre, soupira Dai.
— En tout cas, son objectif est clair. Il veut à tout prix suivre ton entraînement pendant ces quelques jours. Il doit y avoir une bonne raison derrière ça, mais laquelle ?
— Il a peut-être prévu d’affronter quelqu’un ?
— Hmm… peut-être qu’il ne lui reste plus très longtemps à vivre, fit Pop en se frottant le menton d’un air pensif.
— Hein ?!
— Imagine un peu : ses jours sont comptés car il souffre d’une maladie incurable. Alors il veut profiter du peu de temps qu’il lui reste pour accomplir son rêve et devenir plus fort. Pour rivaliser avec le héros qu’il admire tant et montrer à ses proches de quoi il est capable.
— Tu crois ?
— Je ne sais pas. En tout cas, je pense que c’est le genre de situation qui peut pousser quelqu’un à tout donner pour s’améliorer rapidement.
— Mais si Tran est mourant, ce n’est vraiment pas le moment de lui faire faire tous ces efforts.
— Où habite-t-il ?
— Hein ? fit Dai, surpris par cette question pour le moins inattendue.
— Est-ce que Tran habite dans la ville fortifiée de Papnica ?
— Je n’en sais rien…
— Tu ne lui as jamais posé la question ?
— On se contente de s’entraîner, on ne parle pas vraiment ensemble.
— Eh bien tu lui demanderas ça demain.
Dai sentit un frisson parcourir son échine. Il réalisait tout juste qu’après plusieurs journées passées en compagnie de Tran, il ne savait rien de lui.

 

Le lendemain, Tran ne se présenta pas à l’horaire convenu.
— J’imagine que c’est à cause de ce qu’il s’est passé hier, soupira Pop qui avait décidé d’accompagner son ami pour cette nouvelle séance.
— On pourrait peut-être partir à sa recherche ? suggéra Dai. Il ne doit pas habiter bien loin d’ici, après tout il était toujours à l’heure.
— Entendu, je t’accompagne.
Et c’est ainsi que les deux compagnons se mirent en route vers la ville. N’ayant pas la moindre idée du genre d’endroit dans lequel Tran pouvait bien habiter, ils résolurent de frapper à la porte de chaque maison. Sans succès.
— Toujours rien… soupira Pop en essuyant son front moite. On a écumé une bonne partie de la ville mais je ne sais pas si je tiendrai le rythme encore longtemps.
— Courage Pop, on y arrivera.
— Dai ! Pop !
Les garçons firent volte-face en entendant cette voix familière et Pop sembla retrouver toute son énergie en voyant la sage Amy marcher dans leur direction.
— Amy, vous êtes resplendissante aujourd’hui ! s’exclama-t-il d’une voix claire. Mais dites-moi, que faites-vous par ici ?
— Je vérifie l’avancement des travaux de reconstruction. Et vous donc ?
— Nous sommes à la recherche d’un garçon qui habite ici, mais on ne sait pas où exactement.
— Oh… fit Amy, songeuse. Eh bien, si vous connaissez son nom, vous devriez essayer de consulter les archives de la ville.
— Les archives ? répéta Dai, visiblement confus.
— Oui, les archives. C’est là que sont conservés tous les documents officiels de Papnica. Vous trouverez sûrement l’adresse de ce garçon dans le registre des familles.
— C’est une excellente idée ! Merci !
Dai détala à toute vitesse… puis revint aussi sec.
— Amy, où se trouvent ces archives ?
— Allons-y ensemble, je vais vous faire visiter.

 

Leurs recherches s’avérèrent fructueuses et, un peu plus tard dans la journée, les deux garçons finirent par s’approcher de la maison dont ils avaient trouvé l’adresse dans un registre des archives.
— Alors c’est ici que Tran habite ? se demanda Dai.
Le bâtiment qui se dressait face à eux n’était pas tout à fait une maison ordinaire. En effet, de nombreux visiteurs entraient et sortaient du rez-de-chaussée : des hommes en habits de voyage, des femmes en armure, des personnes âgées et même des couples avec leurs enfants. Une alléchante odeur de viande cuite et de pain chaud s’échappait de la porte, titillant l’estomac des deux garçons.
— On dirait qu’il s’agit d’un restaurant ! s’exclama Pop. Et pas n’importe lequel, il y a tellement de clients !
— Entrons !
Dai poussa la porte et Pop le suivit à l’intérieur. Un serveur se précipita aussitôt dans leur direction.
— Bienvenue ! Puis-je prendre votre commande ?
— Tran !
— M-maître ?
Tran baissa honteusement la tête et entraîna aussitôt les deux garçons dans l’arrière-boutique.
— Je suis désolé ! geignit-il alors. Je ne voulais vraiment pas sauter l’entraînement mais je n’avais pas le choix…
— Tu es un garçon bien mystérieux, répondit Dai. Pourquoi ne pas m’avoir prévenu ?
— C’est que… je ne savais pas trop comment t’en parler…
— Tu peux tout me dire, tu sais. Même s’il s’agit d’une maladie grave, il y a peut-être un moyen de la traiter.
— Hein ?
Tran écarquilla les yeux, complètement abasourdi. Pop ne l’était pas moins.
— Alors, c’est vrai ? insista Dai. Combien de temps te reste-t-il à vivre ?
— Mais je ne suis pas malade !
Dai hocha la tête, comprenant que Pop avait  exagéré la situation une fois de plus et qu’il l’avait bêtement cru.
— Dans ce cas, pourquoi es-tu parti si brusquement hier ? s’enquit-il. Ai-je dit quelque chose qui t’a mis en colère ?
— Non, pas du tout. C’est juste que…
Alors qu’il allait enfin s’expliquer, Tran fut interrompu par un cri perçant suivi d’un fracas de vaisselle cassée.
— Ils sont revenus !
Tran s’élança aussitôt en direction de la salle, Dai et Pop sur les talons. Ils y trouvèrent une pauvre femme prostrée aux pieds d’un groupe d’hommes à l’allure disgracieuse typique des voyous.
— Alors comme ça, c’était un malentendu ?
Un homme mince au dos voûté, qui avait tout l’air d’être le chef de la bande, s’adressait à la femme qui s’empressait de ramasser les débris de vaisselle. Elle marmonna quelque chose mais il lui asséna un coup de pied pour la faire taire.
— Arrêtez !
Alors que le voyou s’apprêtait à récidiver, Tran et Dai s’interposèrent.
— Encore toi ? gronda l’homme. T’en as pas eu assez la dernière fois ? Et en plus tu ramènes un copain ?
— C’est mon maître ! répondit fièrement Tran.
Et le voyou d’éclater de rire.
— Ton maître, ben voyons ! Et qu’est-ce qu’il pourrait bien t’apprendre, hein ? Comment jouer à la dînette ?
Ses acolytes pouffèrent à leur tour. Pop, qui s’était tenu en retrait jusqu’alors, se raidit. Dai fit de même, portant la main à sa ceinture pour dégainer son épée. Ils ne pouvaient décemment pas rester les bras croisés devant une scène aussi révoltante, mais Tran les devança en faisant un pas vers l’avant.
— Je vous ordonne de quitter cet endroit immédiatement.
L’homme au dos voûté le dévisagea. Quelques secondes s’écoulèrent dans un silence déroutant. Les voyous finirent par s’esclaffer en chœur mais cela ne sembla pas perturber Tran outre mesure.
— Écoute, reprit le chef de la bande une fois calmé. J’partirai uniquement quand on m’aura rendu mon argent.
— Partez maintenant. Si vous insistez, je ferai intervenir l’armée royale.
— Fais donc, gamin, mais n’espère pas un miracle. J’suis dans mon droit.
L’homme extirpa un morceau de papier de sa poche et l’agita sous le nez de Tran.
— Vise un peu ça : c’est une reconnaissance de dette. Tu sais sûrement pas trop ce que ça signifie, mais il est écrit juste ici que ton père me doit quinze mille pièces d’or.
— Je ne vous crois pas !
— Tu ferais bien d’apprendre à lire !
Dai, qui était resté silencieux tout ce temps, commençait enfin à comprendre de quoi il en retournait vraiment. Cet homme devait avoir prêté de l’argent aux parents de Tran qui, pour une raison encore inconnue, ne l’avaient pas remboursé en temps voulu. D’où cette véhémence. Si Dai aurait bien voulu vérifier le contenu de cette reconnaissance de dette mais il ne savait tout simplement pas lire.
Comme s’il avait entendu les pensées de son ami, Pop tendit la main en direction de l’homme voûté.
— Montrez-moi ça.
Le type renifla d’un air dédaigneux mais accepta de lui donner le papier. Pop se mit à le lire attentivement.
— Tran, ton père s’appelle bien Ritans ? demanda-t-il.
— Oui…
— Et j’imagine que vous êtes le dénommé Goon.
Pop fit claquer sa langue avec agacement et rendit la reconnaissance de dette à son propriétaire.
— Malheureusement, ce document lui donne raison. Mais le pire dans tout ça, c’est que ton père a accepté d’abandonner ses droits sur ce restaurant s’il ne parvient pas à rendre l’argent dans les temps.
— Quoi ?! cria Tran, abasourdi. Ce n’est pas possible, c’est un mensonge…
Goon partit d’un rire aussi aigu que triomphal. Tran serra les poings et baissa les yeux, incapable de répondre quoi que ce soit.
— Eh ouais, ton père est un bon à rien ! Le pire des bons à rien, même ! Il emprunte de l’argent qu’il ne rend pas, puis crève histoire de causer encore plus d’ennuis à sa famille !
— Mon père n’est pas un bon à rien !
Dai bondit juste à temps pour empêcher Tran de se jeter sur Goon, qui se contenta de sourire fièrement.
— J’compte sur toi pour m’rendre mon argent.
Et il agita la main avant de se retirer, ses acolytes sur les talons. Il ne restait plus que les trois garçons et la femme à l’intérieur. Une fois le calme revenu, Tran abattit rageusement son poing sur la table la plus proche. Le choc sembla résonner longtemps dans la salle vide.

 

Dai et Pop apprirent que la pauvre femme agressée par la bande de Goon n’était autre que Miya, la mère de Tran. Après avoir retrouvé ses esprits, elle leur proposa de s’asseoir dans la pièce de vie située en retrait de la salle.
— Je suis vraiment navrée que vous ayez assisté à une telle scène, soupira-t-elle.
— Ne vous inquiétez pas pour ça, madame, la rassura Dai. Donnez-nous plutôt des détails sur cette histoire de dette.
— Notre famille a toujours tenu ce restaurant à Papnica, commença-t-elle d’une voix encore hésitante. Les clients ont afflué très tôt et notre cuisine est rapidement devenue l’une des plus réputées dans le coin.
Les estomacs de Dai et Pop grondèrent d’envie.
— Cependant, poursuivit Miya, les choses se sont gâtées et des rumeurs sans fondement ont commencé à faire croire que notre viande était avariée, que nos champignons étaient vénéneux, que nos serviettes étaient des bandelettes de momignons… Nous avons ensuite découvert que ces accusations venaient du propriétaire d’un autre restaurant, qui trouvait que notre activité concurrençait sérieusement la sienne. Mon mari a fini par le confronter et lui a demandé d’apporter des preuves pour justifier ses dires. Bien entendu, cela n’a servi à rien puisqu’il n’y avait pas de preuves à fournir.
— Et ensuite ?
— Ensuite, mon mari a fini par en venir aux mains. Il est allé trouver ce restaurateur et ils se sont violemment battus. C’est une solution discutable mais, depuis, les rumeurs ont cessé et les clients ont fini par revenir. Quant à cet autre restaurateur, sa réputation en a pris un coup et il a fermé boutique.
— Cet homme à l’origine des rumeurs…
— Oui, c’est Goon. Il n’a pas digéré cette défaite.
— Alors il a troqué son tablier de cuisinier pour devenir un escroc ? pesta Pop. Quelle ordure.
— Il n’était pas vraiment cuisinier, l’informa Miya. Il était juste prêt à tout essayer pour se faire un nom dans le coin.
— Tran, ton père… fit Dai, hésitant. Goon a laissé entendre que…
— Oui, il est mort pendant le siège de Papnica.
Dai baissa les yeux, regrettant presque d’avoir osé poser une telle question. Tran tenta de le rassurer avec un sourire.
— Tu n’as pas à être désolé, dit-il. Les faits sont les faits, il est mort et on n’y peut rien.
— Qu’allez-vous faire maintenant ? demanda Dai. Après tout, Goon a une reconnaissance de dette en sa possession.
— Je suis certain qu’il essaie de nous tendre un piège, affirma Tran, les traits à nouveau tirés par la détermination. Notre activité est en plein essor depuis un bon moment. Papa n’avait aucune raison de s’endetter, encore moins de mettre le restaurant en jeu. Cette reconnaissance de dette ne peut qu’être fausse.
— Tran, je crois que nous devrions laisser tomber, soupira Miya, résignée. Cédons-lui le restaurant et n’en parlons plus.
— Hors de question, refusa son fils en esquissant un sourire. Dai et Pop vont nous aider à trouver une solution.
Et il invita sa mère à aller se reposer afin qu’il puisse discuter de la suite des événements avec les deux garçons.
— Tran, reprit Dai, ta mère n’est pas au courant que tu t’entraînes avec moi, n’est-ce pas ?
— En effet, répondit Tran en hochant la tête. Elle n’aimerait pas savoir que je veux marcher dans les pas de mon père.
— Qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu veux qu’on aille régler son compte à Goon ?
— Non. Je suis ravi que vous acceptiez de m’aider mais c’est mon combat, pas le vôtre.
Sur ces paroles, Tran quitta la pièce puis le restaurant, laissant Dai et Pop seuls à l’intérieur.
— Il a fait une promesse à son père.
Les garçons sursautèrent en réalisant que Miya les avait à nouveau rejoints.
— Mon mari est mort en protégeant Tran, sanglota-t-elle. Le pauvre petit était acculé… les monstres allaient le tuer…
Dai sentit son coeur se serrer en comprenant que Tran avait vu son père mourir sous ses yeux. Il n’avait certes pas eu la chance de connaître ses propres parents mais imaginer cette scène lui rappelait la mort de maître Avan. Ce doux sourire qui ne quittait pas son visage alors que la douleur déchirait tout son être. L’émotion provoquée par ce souvenir gonfla dans sa poitrine comme pour la faire exploser.
— Tran essaie simplement de prendre soin de moi car son père n’est plus là pour le faire, hoqueta Miya, implorant Dai de ses yeux rouges et gonflés. Protégez-le, je vous en supplie…
Dai se redressa et répondit d’une voix forte pour la rassurer :
— Ne vous inquiétez pas, madame, on s’en occupe.

 

— Alors ? Qu’est-ce que tu comptes faire ?
Sur le chemin du retour, Pop tentait de comprendre ce que son ami pouvait bien avoir en tête mais celui-ci ne répondait pas à ses questions. Il n’y avait pourtant pas trop à réfléchir ; après tout, cette bande d’escrocs ne pouvait pas être très redoutable en comparaison avec les ennemis qu’ils avaient défaits jusqu’à présent. Certes, l’héroïsme de Tran serait davantage célébré s’il parvenait à régler cette affaire tout seul, mais il y avait aussi de bonnes chances qu’il en sorte perdant, voire mort. Et finalement, en tant que maître de Tran, Dai ne se devait-il pas de le protéger ? Un rôle décidément bien difficile à assumer.

Il ne leur restait plus que trois jours avant la fin de l’entraînement et Tran avait décidé de pratiquer seul, sans son maître. Il n’avait pourtant pas l’air fâché – il avait simplement déclaré qu’il allait faire de son mieux pour progresser de son côté. En y repensant, Dai ne pouvait s’empêcher de ressentir une certaine frustration. Devait-il mettre un terme définitif à leur entraînement et abandonner son rôle de professeur ? Après tout, Tran était maintenant aveuglé par son désir de vengeance. Dai ne savait plus comment l’aider.
— Attention !
Dai poussa un petit cri à cause du choc. Il venait de percuter un vieil homme vêtu d’une armure. Il était tellement préoccupé par la situation de Tran qu’il avait oublié de regarder où il mettait les pieds.
— Monsieur Baduck ! Désolé, j’avais la tête ailleurs…
— Ne t’inquiète pas pour ça, mon garçon ! le rassura le vieux guerrier avant de repartir aussitôt.
Dai l’observa pensivement. Se pouvait-il que… ?

 

Tran se tenait devant la porte du restaurant, son épée en bois attachée dans le dos. Il avait enfilé des vêtements légers et noué un bandeau blanc autour de sa tête. Il sourit légèrement en voyant Dai et Pop venir dans sa direction.
— Bonjour maître ! le salua-t-il. Je suis content de vous voir mais…
— Tran… l’interrompit Dai en le fixant droit dans les yeux. Je comprends parfaitement que tu veuilles venger ton père par toi-même et je te promets que je ne m’en mêlerai pas.
— Moi non, plus d’ailleurs, renchérit Pop. Il ne faudrait pas que j’aie l’air trop cool.
— On te souhaite bonne chance.
Tran les remercia, les yeux voilés de larmes. Pop lui tapota l’épaule pour l’encourager puis alla se tapir dans l’ombre avec Dai. Bien entendu, ils n’avaient aucune intention de tenir la promesse qui venait d’être faite. Au moindre signe de danger, ils se jetteraient à la rescousse de Tran. Miya, quant à elle, observait la scène depuis l’intérieur du restaurant. Ses yeux croisèrent ceux de Dai. Il était prêt à protéger son fils, comme elle le lui avait demandé. Il allait tenir parole. C’est du moins ce qu’il essayait de lui faire comprendre à travers son regard.
Enfin, Goon et ses acolytes finirent par apparaître au coin de la rue. Comme ils s’approchaient du restaurant, Tran dégaina son épée et bondit pour leur barrer le chemin.
— Décidément, t’es bien le fils de ton père ! s’esclaffa Goon, la bouche tordue en un rictus mauvais.
D’un signe de main, il ordonna à ses compagnons de ne pas intervenir puis empoigna sa propre épée de bois.
— Vous ne récupèrerez pas notre restaurant, gronda Tran.
— Ben voyons ! Saleté de gamin…
L’expression moqueuse de Goon se mua soudain en une grimace choquée. Il avait tout juste eu le temps de lever son épée pour parer l’attaque de Tran, et la puissance avec laquelle ce coup avait été asséné était surprenante. Il n’eut d’ailleurs pas le temps de reprendre ses esprits – Tran se mit aussitôt à renchérir, le frappant au niveau de la tête, des bras, du cou, de la poitrine, des côtes, avec des coups si vifs et puissants que l’escroc ne pouvait que rester en position défensive. Dai était si impressionné qu’il faillit en tomber à la renverse. Tran était assurément devenu bien plus fort et habile qu’au début de leur entraînement. Tous ces exercices avaient porté leurs fruits.
Tout à coup, Dai sentit une présence dans son dos et fit volte-face. Était-ce un badaud attiré par le tumulte du duel ? Ou un complice de Goon préparant une attaque surprise ? Mieux valait assurer les arrières de Tran, alors Dai s’avança jusqu’au bâtiment suivant.
— Où vas-tu ? chuchota Pop en lui emboîtant le pas.
— J’ai aperçu une silhouette près du mur. C’est peut-être un de ces voyous…
Ils s’approchèrent encore un peu, juste assez pour réaliser que le nouvel arrivant n’était autre que…
— Monsieur Baduck ?! Qu’est-ce que vous faites ici ?
Le vieil homme se tourna brusquement dans leur direction, l’air embarrassé.
— C’est que… bredouilla-t-il en baissant les yeux. Eh bien, je m’inquiète pour lui.
— Vous étiez au courant ?
— Eh bien, pour être honnête, je l’ai pris comme élève tout récemment.
Dai comprit alors que, ces derniers jours, Tran était loin de s’entraîner seul dans son coin : il suivait en réalité les enseignements de Baduck.
— Je savais que tu l’avais pris sous ton aile mais je l’ai aperçu en train de s’exercer seul, continua Baduck. Je ne dis pas que ton entraînement a été inutile, loin de là… j’ai seulement pensé que je pourrais lui apprendre quelques petites choses. Après tout, j’ai été professeur d’escrime pour l’armée de Papnica…
— Pas étonnant que Tran ait autant progressé, conclut Dai.
Bien que confus par cette nouvelle inattendue, il savait qu’il ne devait pas culpabiliser. Il n’avait pas la trempe d’un enseignant. Il n’avait même passé que quelques jours en compagnie de son propre maître. Sans compter, comme l’avait souligné Pop, que ses propres capacités ne pouvaient aucunement être comparées avec celles des autres garçons de son âge. Était-ce vraiment possible d’apprendre à devenir un héros ? Dai commençait enfin à comprendre ce que Matoriv avait voulu dire.
— Vous avez bien fait, monsieur Baduck, reprit-il. Je suis heureux de voir que Tran est devenu plus fort.
Leur conversation fut interrompue par un cri. C’était la voix de Tran. Il venait d’esquiver de justesse un violent coup porté par Goon, coup qui aurait bien pu décider de l’issue du duel.
— Sale mioche ! rugit l’escroc. Tu veux te comporter en adulte, hein ? Alors j’vais te traiter comme tel !
— Tran !
Dai ne put s’empêcher de sortir de l’ombre pour repousser Goon d’un violent coup de poing.
— Maître ! s’exclama Tran. Pourquoi as-tu rompu ta promesse ?
— Tu sais, Tran… il n’y a rien de mal à compter sur ses amis quand on est en difficulté.
— Maudit gamin !
Goon, qui avait repris ses esprits, empoigna son épée et se rua sur Dai. Au moment où le morceau de bois s’abattit sur lui, Dai fit un pas de côté et envoya son assaillant rouler plus loin d’un seul coup de coude. Mais ce répit fut de courte durée.
— Plus un geste !
Dai fit volte-face alors que l’un des acolytes de Goon se jetait sauvagement sur lui en brandissant un poignard. Il était trop tard pour réagir.
— Argh !
Le voyou s’effondra aux pieds de Dai avec un gémissement pathétique. Derrière lui se dressait Baduck, épée au poing.
— Tu vois ? lança Dai en se tournant à nouveau vers Tran. On ne peut pas toujours s’en sortir seul.
Et Tran hocha la tête en souriant.
Ainsi commença une bataille acharnée entre les deux groupes. Pop se jeta à son tour dans la mêlée pour soutenir ses amis face aux voyous, lesquels ne purent pas leur tenir tête bien longtemps. Quelques instants plus tard, ils étaient tous au sol.
— Qu’est-ce qu’on va bien faire d’eux ? se demanda Dai.
— Je peux les conduire au palais, proposa Baduck.
— Je ne sais pas trop…
— Pas la peine d’être gentil avec eux, Dai, rétorqua Pop. Ils ont bien failli ruiner la famille de Tran.
— Dai… ?
Goon, qui se trouvait à leurs pieds, leva la tête. Ses yeux étaient brillants. Il se mit à sangloter piteusement.
— Dai, le héros de Papnica… ? C’est toi ?
— Oui, et alors ? gronda Pop.
— Tu m’étonnes… on n’avait aucune chance…
Goon essuya ses larmes et leva à nouveau les yeux vers Dai.
— Un héros qui tabasse sans pitié quelqu’un qui veut juste récupérer son fric, c’est du joli.
— Qu’est-ce que tu racontes encore ? répliqua Pop. Tu finis par croire tes propres mensonges.
— Mes mensonges ? Tu m’accuses sans preuves.
Dai ne savait pas comment répondre. Goon n’avait pas tort – ils avaient beau être certains que la reconnaissance de dette était fausse, il leur restait encore à le prouver.
— Attendez voir.
Tout le monde tourna la tête en direction du vieil homme qui s’approchait d’eux. C’était Matoriv. Il souriait.
— Vous avez raison, lâcha-t-il à l’attention de Goon. Dai est capable de mettre hors d’état de nuire tout individu dont il se méfie.
Ces mots bouleversèrent le pauvre Dai. Il venait de sauver Tran et voilà que Matoriv débarquait sans crier gare pour le réprimander publiquement.
— Mais, maître Matoriv… commença-t-il. Cet homme est évidemment un escroc…
— Peux-tu le prouver ?
— Je suis sûr que maître Matoriv pourrait déterminer si le document est authentique, affirma Pop.
— Un document ? répéta le vieux mage en se tournant vers Goon. Montrez-le moi.
Il tendit la main et Goon hésita quelques instants avant de lui confier le papier, évidemment à contrecœur. Il ne semblait pas lui faire confiance.
— Intéressant…
Matoriv leva le bras pour que tout le monde puisse voir le document.
— Regardez attentivement, fit-il. À Papnica, la règle veut que les certificats authentiques soient toujours réalisés sur du papier magique qu’il est impossible de brûler. Vous comprenez donc que s’il s’agit d’un vrai contrat, mon Mera ne devrait pas l’abimer.
Des flammes jaillirent de la paume de Matoriv. Goon se redressa d’un bond mais il était trop tard : de son document ne restaient déjà que des cendres noires.
— Salaud ! hurla-t-il.
— Monsieur Matoriv ! Je vous cherchais !
Goon n’eut pas le temps d’attaquer Matoriv car la sage Amy les rejoignit en toute hâte, au grand étonnement des garçons. À bout de souffle, la jeune femme donna un morceau de papier à Matoriv.
— Le voici, comme vous me l’avez demandé.
— Je te remercie.
Matoriv s’empara du document et leva sa main libre pour lancer un deuxième Mera. Cette fois, le papier demeura parfaitement intact.
— Il ne brûle pas ! s’exclama Dai.
— Je vous l’avais bien dit, sourit Matoriv. Les documents authentiques sont protégés.
Il rendit le deuxième papier à Amy et lui demanda d’en faire la lecture.
— Alors… commença-t-elle, parcourant le texte des yeux. « Je soussigné, Ritans, accepte de prêter 15 000 pièces d’or au dénommé Goon. La période de remboursement convenue entre nous est de deux ans. »
— Quoi ? s’écria Dai. Mais c’est… c’est le contraire de ce que Goon affirmait !
— J’ai trouvé ce document dans les archives, précisa Amy. Il ne peut qu’être authentique.
— Et bien sûr, personne n’irait emprunter de l’argent à quelqu’un qui lui en doit.
Goon, qui s’était mis à trembler, s’écroula sur les genoux. Il avait perdu.
Deux soldats de Papnica vinrent l’arrêter pour falsification de documents. Il s’évanouit dans leurs bras lorsqu’ils se saisirent de lui, mais cela ne les empêcha pas de le traîner jusqu’au château. Une fois le calme revenu, Tran se jeta dans les bras de Dai et se mit à sangloter.
— Heureusement que je me suis inquiété pour vous, soupira Matoriv. Vous avez bien failli exposer cet enfant à un grave danger avec vos conseils malavisés.
— Vous avez raison, c’était trop risqué… Merci pour votre aide.
— Oh, je n’ai pas fait grand-chose, répondit Matoriv. C’est cette brave fille qu’il faut remercier.
En prononçant ces mots, il posa la main sur l’épaule d’Amy d’une manière qui se voulait nonchalante.
— Pourquoi fais-tu tout ça pour moi, hmm ? Tu ne peux pas t’en empêcher, n’est-ce pas ? sourit-il.
— Pardon ?
— Allons, allons… ne sois pas gênée, il n’y a rien de mal à être tombée sous mon charme.
La main vicieuse du vieux mage commença à glisser vers la taille d’Amy.
— J’ai agi dans l’intérêt moral de notre pays ! rétorqua-t-elle en se dégageant brusquement.
Matoriv ne trouva rien à répondre et se contenta de faire claquer sa langue comme un enfant vexé.

 

Ainsi, l’affaire fut close et le restaurant de Tran et Miya recommença à prospérer comme avant. Les affaires ne pourraient d’ailleurs que mieux marcher à mesure que la reconstruction de Papnica allait progresser. Il ne leur resterait plus qu’à maintenir la qualité de leur service.
En témoignage de sa gratitude, Tran invita Dai et ses amis à dîner. Tous conclurent que s’ils habitaient Papnica, ils seraient assurément des clients réguliers de l’endroit.
Vint enfin l’inévitable moment des adieux.
— Maître Dai, je t’en prie… tu voudras bien m’entraîner à nouveau quand tu auras vaincu l’Empereur du Mal ?
— Ouais, accepta Dai. Ça me laissera aussi le temps de devenir plus pédagogue.
— Je pourrais t’apprendre les rudiments de l’enseignement, ajouta Baduck d’un ton un peu trop enthousiaste.
— Oui, pourquoi pas, fit Dai, quelque peu gêné.
Il se tourna ensuite vers Tran et lui mit les mains sur les épaules.
— Je compte sur toi pour garder à l’esprit ce que cette mésaventure nous a enseigné : n’hésite pas à demander de l’aide quand tu as un problème.
— Oui, maître !
Tran dégaina son épée et la brandit fièrement. Le bois luisait discrètement. Son esprit combatif s’éveillait enfin.

 

Je suis modeste comme tous les génies.
(Administrateur)
1
Master Chief
Dragon Quest SlimeDragon Quest SlimeDragon Quest SlimeDragon Quest SlimeDragon Quest SlimeDragon Quest Slime
Dimanche 11 Février 2024 à 09:20

Merci infiniment pour cette initiative ! Effectivement on ne va pas se mentir on n'est pas sur de la grande littérature, en revanche c'est toujours plaisant de retrouver nos héros et d'imaginer leurs échanges et l'action si cela avait été réalisé sous forme de planche.

Pressé de lire le reste, en particulier le BG immortel ! MERCI !

Rien qu'une seconde... S'enflammer comme un éclair!
(Modérateur)
50480
Miss DQFan
Dragon Quest SlimeDragon Quest SlimeDragon Quest SlimeDragon Quest Slime
Dimanche 11 Février 2024 à 14:17

Tout le plaisir est pour moi ! smiley

Je reconnais que le texte est assez fade là où les novelisations des opus principaux, par exemple, me semblent plus élaborées sur le plan purement narratif. Peut-être est-ce pour garder le dynamisme du manga ou pour cibler un public plus jeune, je ne sais pas trop. D'un côté ça rend le tout plus simple à traduire, de l'autre ça donne l'impression que le résultat pourrait être meilleur. Mais du moment que ça convient aux fans, tant mieux ! ^^

Je suis modeste comme tous les génies.