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Hop, petit extrait d'une fan fiction DQ IV que j'avais commencé à écrire. Petites précisions vite fait : Enzo, c'est le personnage qui était censé remplacer Eliza, et la voix éraillée, c'est Mina. Voila, ça suit pas vraiment le scénario du jeu, mais bon.

Bonne lecture :3

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Elle était accroupie sur le bord d’un pont. La rivière coulait paisiblement dans son lit, au dessous d’elle, dans un clapotement agréable. Le vent léger apportait avec lui l’odeur des fleurs environnantes, créant un mélange de senteurs magiques pour le nez.

La jeune femme tenait dans sa main une grenouille, ou un crapaud, elle ne savait pas trop. En tout cas, la bestiole était assez moche, sa peau verdâtre était couverte de grosses pustules. L’amphibien dévisageait la jeune fille et son sac vocal gonflait et dégonflait au rythme de ses paroles.

- Aller coâ. C’est juste un baiser coâ. C’est indigne qu’une paysanne comme coâ refuse de lever une terrible malédiction lancé par une vilaine sorcière à un joli prince coâ...

Le contact avec la peau moite de l’animal lui donnait des frissons. Elle se contenta d’écouter avec amusement les supplications de ce dernier.

- … Et pour cet acte charitable, tu seras ma promise coâ. Imagine coâ, Princesse Sophia… 

Elle gloussa et repoussa une mèche de cheveux émeraude. Elle approcha la main tenant le crapaud de son visage, ferma les yeux et se prépara à embrasser la chose.

Elle se trouvait désormais dans une petite pièce. Une cave peut-être, éclairée par quelques torches accrochées sur les murs en briques grises. L’ambiance avait drastiquement changé. L’atmosphère utopique avait laissé place aux cris et à l’odeur de braise.

Tremblante, confinée dans un coin de la pièce, elle contemplait elle-même, debout au milieu de la pièce en train de caresser lascivement chaque partie de son corps.

Au dessus d’eux, on poussa une longue plainte déchirante.

- C’est très agréable d’être toi en fait, tenta d’ironiser l’autre qui n’arrivait pas à masquer sa peur. Mais ça n’a rien de spécial. 

Blottie dans son coin, apeurée et hagarde, elle  ne parvenait pas à tenir tête à l’autre qui caressait ses fesses avec insistance. Il se passait tellement de choses dans sa tête et à en juger par les bruits de pugilat atroces au dessus d’elle, il se passait également beaucoup de choses au dehors. Tant de questions… L’autre elle posa sa main sur son épaule tremblotante.

- Tout va bien se passer. Survis, et tu sauras, dit-elle comme pour répondre à ses pensées. Je n’ai plus de temps, je dois y aller. Reste ici, en silence. Et n’oublie pas, attends avant de quitter la cachette, quand même ce sera fini. Attends encore. 

Après avoir donné ces obscures indications, elle alla de l’autre côté de la pièce et tira sur une torche. Une ouverture se découvrit et l’autre s’engouffra dedans. Et là, durant les quelques secondes entre le moment ou l’autre disparaissait de son champ de vision et la fermeture du passage, elle voulait tellement se lever, l’attraper, l’étreindre, lui dire à quel point elle avait peur et tout le reste… Tout lui dire, à elle, ou plutôt lui…

Et quand elle entendit au dessus d’elle sa propre voix crier, hurler de douleur, avant de s’éteindre à jamais, elle lutta abominablement contre le puissant désir de l’appeler, contre la soif de réponses qu’elle n’aurait jamais. Enzo ! Ce nom résonnait si fort dans son esprit.

Son visage aux traits fins, ses grands yeux bleus, sa longue chevelure blonde presque blanche nouée en une queue de cheval. Encore si clairs dans sa tête. 

Enzooo ! Enzooo !

Les torches s’éteignirent, les murs s’effacèrent. Le visage d’Enzo disparaissait dans le néant et elle, elle se débattait si fort pour l’attraper.

Enzo ! Enzo…

Des voix lointaines s’élevèrent.

En-zo… En… 

 

- … Le roi me demande, disait une voix fatiguée. Je vous prie de m’excuser.

- Je comprends mon Père, disait une voix féminine au timbre légèrement éraillé. Je ne saurais vous remercier assez de vous être déplacé.

- Vous savez ma Fille, pour une personne qui n’a pas suivi les enseignements de la Déesse, vous avez admirablement bien œuvré. Sans vos soins, la pauvre aurait été très certainement morte avant que je ne puisse venir.

Il marqua une courte pause avant de continuer.

- Je ne dis pas ça pour vous affoler ma Fille, mais avec tous les évènements qui se sont passés ces derniers temps, notre Roi est fort préoccupé. Je suis certain qu’il la fera demander au château très prochainement. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser…

Le plancher craqua sous les pas qui s’éloignaient. On pouvait difficilement entendre la suite de la conversation.

- … service d’ordre personnel, disait la voix féminine, mais le reste de sa phrase fut recouverte par la plainte d’un escalier en bois trop usé par le temps.

Quelques bribes indistinctes parvenaient encore ici. Puis ce fut le silence.

Et ce fut dans ces instants muets qu’elle émergea, prenant peu à peu conscience de l’endroit où elle se trouvait. Confortablement installée, elle était emmitouflée dans une couverture et dans la tiédeur rassurante qu’était celle d’un lit. Malgré tout ça, plus elle sortait de l’inconscience, plus le calme environnant laissait à ses peurs et ses doutes le temps de l’assaillir. Que s’était il passé ?  Où était-elle ? Un rêve ? C’était un rêve ? Tout ça, ça paraissait si… imperceptible maintenant, lointain. Ces voix aussi… Que racontaient-elles déjà ? Loin… un rêve oui. Elle se sentait si faible, si… engourdie. S’était elle encore évanouie d’épuisement après un de ces interminables entraînements à la magie ? Elle y était tellement nulle. Et en combat aussi. Nulle. En tout. Enzo. Il allait encore se moquer, lui. Enzo… Pourquoi rien qu’à la simple évocation de son nom, ses yeux brûlaient par ses larmes ? Pourquoi son cœur battait tellement si fort à sa pensée ? Fort à lui faire mal. Fort à lui exploser sa cage thoracique. Pourquoi ?

Comme pour se débattre contre cette torture, elle écarta brusquement du bras ses draps. Mille éclairs de douleur transpercèrent chaque partie de son bras, de l’épaule jusqu’au bout de ses doigts. Sous l’effet de la surprise, un cri lui échappa. Elle se recroquevilla, haletante, tenant fermement son bras incandescent avec son autre main. Elle resta donc là, immobile en boule dans le lit, gémissant quelques fois. 

- Oh, tu t’es réveillée ?

Elle tressaillit. Dans sa crise, elle n’avait pas remarqué qu’une personne était rentrée dans la pièce. Une femme. Une femme à la voix inconnue. A cette pensée, un nouveau sentiment de panique la submergea. Elle se blottit encore plus au creux de son lit et resserra l’étreinte sur son bras meurtri, ce qui amplifia la douleur. L’inconnue eut donc pour simple réponse un gémissement étouffé. Réponse qui sembla la satisfaire.

- Je vois… C’est ton bras. Je suis capable de guérir les plaies superficielles très facilement, mais ton ventre et ton bras étaient dans un tel état lorsqu’on t’a retrouvé… J’ai fait tout mon possible, mais le prêtre a bien précisé qu’il faudrait encore du temps avant que ça ne guérisse. Néanmoins, je peux t’aider à supporter la douleur si tu me le permets.

Elle écouta tout ce que l’inconnue lui dit, mais elle ne répondit pas. A peine avait-elle eu le temps de réfléchir sur ces paroles que l’on s’appuya sur son lit. Des cheveux vinrent chatouiller le haut de son visage, l’incitant à garder ses yeux clos. Sa respiration se fit plus rapide lorsque l’inconnue lui prit délicatement le bras. Elle se crispa plus encore quand elle sentit la chaleur du corps de l’autre, courbée au dessus d’elle, si près.

- N’ai pas peur, dit l’étrangère d’une voix douce, quoiqu’un peu éraillée. Je ne te veux aucun mal.

Suite à ça, elle murmura quelques paroles inintelligibles. Aussitôt, une vague de chaleur enveloppa son bras. Peu à peu, la douleur s’estompait. Elle semblait se rétracter au sein de la chair de son bras, toujours plus profondément au fur et à mesure que la chaleur prenait possession de l’entièreté de son membre jusqu’à disparaître complètement. La chaleur semblait ensuite s’étendre au reste de son corps. Pendant un instant, plus rien ne semblait exister autour d’elle. Plus de lit, plus d’inconnue, plus de peur, plus de douleur. Juste elle. Elle et cette chaleur qui lui accordait un si puissant sentiment de bien-être. Elle se sentait partir, loin, si loin, même quand la vague de chaleur eut commencé à faiblir jusqu’à s’éteindre. Elle ne remarqua qu’à peine les cheveux qui glissèrent sur son visage ni le grincement du lit quand l’autre se leva. Elle sombra peu à peu dans l’inconscience, en toute sérénité.