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darkwillalex
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                                                                                                                                 Chapitre Premier : First Contact

30 Mai 1431, Rouen.

Les flammes faisaient cloquer la peau d'une jeune femme attachée au bûché, tandis que la foule devant elle affichait tantôt un visage pleurant le sacrifice d'une héroïne, tantôt haineux envers ceux qui mettait à mort la Pucelle d'Orléans. Les cris confinés de la soldate de Dieu finirent par dépasser ses lèvres, retentissant dans la vallée. Pendant quelques minutes qui semblèrent être des heures, la jeune femme se tordit de douleur, puis enfin, délivrance ultime, son corps finit par ne plus bouger.

Jeanne ouvrit les yeux soudainement. Avait-elle rêvée ? Elle ne le savait pas, mais tout cela lui avait semblé être affreusement réel. Son regard fixait un ciel étrange, d'une couleur bleutée tirant vers le mauve. Elle était allongée et, en voulant se relever, remarqua qu'elle était en armure. Pendant un instant elle se demanda où elle était, mais un château au loin lui fit comprendre qu'elle était sur le sol des Angles. Bondissant sur ses pieds, elle fonça en direction du castel. Mais un cri puissant la fit se retourner. Derrière elle, dans un bois qu'elle n'avait pas vu, se dressait une femme aux cheveux noirs comme une nuit sans lune. Un frisson parcouru l'échine de la soldate qui, par prudence, sortit son épée de son fourreau. De son côté, la femme de la forêt fendit son visage d'un sourire féroce quand elle vit le métal d'une lame face à elle. Trop loin pour distinguer la forme de l'adversaire qu'elle venait de trouver, elle s'avança lentement, d’une démarche féline, avant que l'ombre des arbres ne cache plus sa gigantesque épée des yeux de Jeanne.

La Pucelle recula de quelques pas à la vue de cette lame massive, que la femme traînait sans difficulté. Son accoutrement était désormais visible, et elle crût perdre la raison : elle se trouvait devant une femme habillée en guerrier romain, portant un bouclier de la taille d'un bras d'homme, et avec une chevelure qui lui tombait jusqu'au bas des joues. Ses pupilles d’une couleur jaune vif, firent que Jeanne la prit pour un démon. Se raccrochant à ce qu'elle connaissait, la fille d'Orléans campa sa position, mit son épée en garde et d'un mouvement de tête mainte fois répété sur les champs de bataille, envoya ses cheveux courts hors de ses yeux.

Les deux femmes finirent par se voir parfaitement, et l'assaillante sembla un instant réfléchir. C'était bien la première fois qu'elle voyait Jeanne ici, et il était assez rare de tomber sur des femmes guerrières. Considérant la position de combat parfaite de la jeune femme face à elle, elle lui demanda dans un latin impeccable comment elle s'appelait. Jeanne, décontenancée par le fait que l'autre lui ait parlé dans la langue de l'église, lui répondit dans un latin légèrement plus approximatif que son nom était Jeanne d'Arc, Pucelle d'Orléans et soldate de Dieu. L'autre planta son immense épée dans le sol, puis, posant ses bras croisés sur la garde, lui donna son nom à son tour. Elle s'appelait Bellona, femme de Mars, et déesse de la guerre. Bellona demanda ensuite à Jeanne le camp dans lequel elle se trouvait, et voyant qu'elle ne comprenait pas la question, elle s'approcha en laissant son épée plantée dans le sol. Les deux femmes se toisèrent un instant. Elles faisaient sensiblement la même taille, Bellona ne la dépassant que de peu.

« Tu comprends ce que je dis ? » demanda Bellona d'un air légèrement supérieur.


« Oui », lui répondit Jeanne. « Le latin n'est pas ma langue maternelle, mais je comprends. »


« Je te demande donc dans quel camps tu te trouves. Tu n'as pas l'air Indienne, ni Asiatique… », Dit-elle, pensive. « Tu viens d'Europe non ? »

« Je suis Franc ! », lança fièrement Jeanne, gonflant sa poitrine. « Où sommes-nous ? Je ne reconnais pas cet endroit. »

« Haha ! », fit Bellona. « Tu te trouves ici sur le champs de bataille le plus grandiose de tous les temps Jeanne d'Arc des Francs ! L'endroit où les dieux viennent s'affronter dans une guerre sans fin ! »

Jeanne se dégagea immédiatement, surprenant Bellona qui perdit l'équilibre. Dieux. Elle avait entendu le mot être prononcé très clairement au pluriel. Cette femme n'était peut-être pas une ennemie de la couronne, mais elle en était une, à coup sûr, de l'église ! Parler de dieux au pluriel était un signe d'hérésie flagrant.

« J'ai dit quelque chose qui t'a froissé peut-être ? », fit Bellona d'un ton moqueur.

« Pourquoi parler de dieux, quand il n'y en a qu'un seul ? »

« Un seul ? Que racontes-tu donc Jea… Oh, je vois. Je me souviens maintenant. Nous autres dieux Romains avons rejoint cette guerre peu après l'arrivée de ton dieu à Rome. Ton ''monothéon'' nous a précipités dans l'oubli, et vers cette guerre perpétuelle. »

Bellona esquissa un sourire et vint donner une accolade dans le dos de Jeanne. Bien sûr que cette guerre lui plaisait. Tout ce qu'elle voulait consistait à livrer des batailles titanesques contre des adversaires formidables, et s'il y avait plusieurs panthéons il y aurait forcément plusieurs dieux de la guerre avec qui se battre. Jeanne se demanda si tout ceci était vrai. Elle pouvait rêver mais tout lui semblait véritablement réel. Si ce que Bellona disait était vrai cela dit, et que seul les religions oubliées se retrouvaient sur le champ de bataille, cela devait donc dire que non seulement elle était elle-même considérée comme faisait partie de la religion chrétienne, mais surtout que le christianisme avait été oublié !

Tandis que Bellona riait en parlant des batailles et réjouissances guerrières qu'elles allaient vivre, peut-être en tant que rivale ; et que Jeanne tentait de donner du sens à ce qu'elle venait d'apprendre, un bruissement se fit entendre dans le bois d'où Bellona était sortie. Son ouïe fine lui fit retrouver son sérieux quand elle entendit les arbres craquer, et la déesse de la guerre fonça retirer son épée du sol. Jeanne vit la cime d'un arbre trembler puis disparaître en s'écroulant. Quoique ce fût, c'était un être immense ou doté d'une force prodigieuse qui devait arriver vers elles. Bellona conseilla à Jeanne de s'armer de courage, et de se préparer au pire. La déesse de la guerre s'en voulu un peu de ne pas avoir expliqué à la nouvelle venue les différentes alliances entre panthéons et dieux, puis se promit de le faire si elles devaient survivre à ce qui arrivait.

La foudre fondit des cieux et vint s'abattre entre les arbres. Son marteau filait devant lui et frappait avec une force à ébranler les montagnes, et pourtant son adversaire ne semblait pas recevoir le moindre coup. Thor en était d'autant plus énervé que le primate face à lui esquivait ses assauts dans ce qui ressemblait à une danse. Le marteau lui revint une fois de plus dans les mains et après avoir réfléchit à un moyen de se débarrasser de lui, il se rendit compte que le singe n'était plus là. Pestant, Thor frappa un arbre de rage, et le fit s'écrouler. Avançant vers la lisière, pensant son ennemi envolé (ce qui n'aurait pas été la première fois) il vit deux femmes face à lui. Plissant les yeux pour essayer de les distinguer, un puissant coup dans le dos vint le faire s'envoler dans les airs.

Anhuman se redressa après avoir fait parcourir des centaines de mètres au dieu Nordique. Riant de bon cœur, il bondit en avant vers les deux femmes qu'il aperçut loin. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas parlé la langue commune des immortels, et se demandait même si elles comprendraient ce qu'il leur raconterait.

« Bonjour… Vous, moi Anhuman, Roi singe, dieu sagesse et ami Rama ! »

« Ugh, un dieu Indien » fit Bellona en rangeant son épée. « Rama est un des avatars de Vishnou, le maître de leur panthéon » expliqua-t-elle à Jeanne.

« Donc, des alliés j'imagine. » dit la jeune femme blonde en rangeant son épée également. « Et l'homme qu'il a envoyé voltiger ? »

« Demandez-le-lui directement » lança une voix grave derrière eux.

Se retournant d'un bond, les deux femmes se retrouvèrent devant un homme d'une grande stature, les traits burinés et aux cheveux tirant tantôt vers le blond tantôt vers le roux. Il portait un marteau au manche trop court accroché à la taille. Jeanne pensa le reconnaître. Les récits des Angles en parlaient. Il était un dieu vénéré par les Vikings, ceux-là même qui avaient tentés de prendre Paris il y a plusieurs siècles.
Thor se dirigea vers Anhuman et tous deux se serrèrent la main. Leurs luttes se finissaient toujours ainsi pour éviter une quelconque rancœur. Bellona expliqua que les Ases -les dieux Nordiques- faisaient partis d'une coalition alliée. Les Olympiens et les Romains se considéraient comme des cousins, voir des frères, et avaient monté une alliance dès qu'ils s'étaient retrouvés coincés sur ce monde. Les Ases avaient été un temps assez belligérants, mais la force des choses les avaient fait se rejoindre. Les Devas, ou dieux Hindous, étaient les derniers arrivés dans cette bataille, mais cela n'avait pas réellement d'importance quant à leur rôle dans l’alliance.

Thor et Anhuman demandèrent à la fille de la Guerre qui était la femme blonde à ses côtés. Expliquant la situation, Thor prit son envol en faisant tournoyer son marteau. Il était parti expliquer à son père, Odin, que de nouveaux dieux arriveraient probablement sous peu. Anhuman allait partir pour avertir son panthéon également, et demanda aux dames si elles désiraient être déposées quelque part au passage. Le dieu singe avait une force suffisante pour soulever des montagnes, porter deux femmes ne lui serait pas bien difficile. Bellona accepta qu'il l'amène vers les siens, et proposa à Jeanne de venir avec elle, mais Jeanne déclina l'offre.

Regardant le primate bondir dans les airs, la Pucelle d'Orléans rentrant son épée dans son fourreau, et se mit en direction d'un abri que lui avait indiqué Anhuman. Jeanne avait eu le temps d'apprendre quelques choses sur ce monde en guerre en écoutant les trois dieux (elle hésitait encore à les appeler ainsi) qu'elle avait rencontré. D'après Bellona, les dieux tiraient leurs existences des prières des mortels qui les vénéraient. Mais cela allait bien plus loin que ça : Anhuman avançait que les mortels eux-mêmes, inconsciemment, pouvaient être l'origine de la création des dieux. Les pensées collectives d'un groupement imaginant un dieu, donnerait naissance à ce-dit dieu, qui deviendrait alors autonome pour peu qu’ils reçoivent un nombre suffisant d'attention de la part des mortels qui le vénèrent. Au fil des siècles, l'Homme aurait ainsi créé des centaines de dieux, de panthéons, et chaque fois que l'un d'entre eux se retrouvait sans suivant, ils se retrouveraient happés sur ce monde.

Tout en marchant d'un pas vif de soldat, Jeanne ne cessait de retourner ce qu'elle avait entendu dans son esprit. Elle était sûre de ne pas rêver, et ce qu'elle avait vu dépassait son imagination. Pourtant, rien ne lui semblait particulièrement étrange dans ces êtres. Elle ne savait pas si cela était dû au fait qu'elle ait entendu Bellona parler latin ou si c'était parce qu'elle n'avait pas eu l'occasion de voir beaucoup de femme en armure, mais elle pensait pouvoir lui faire confiance. Et de toute manière, elle n'avait pas réellement le choix, il lui fallait des alliés si elle comptait survivre. Pour avoir été sur un champ de bataille elle savait bien que les prières seules ne permettaient de gagner une victoire !

Observant le paysage pendant son avancée, elle distingua plusieurs montagnes à sa gauche. L'une d'entre elle perçait les nuages et disparaissait dans les cieux, et elle devinait qu'il devait s'agir du Mont Olympe, la demeure des dieux Grecques. Bien plus loin devant elle cette-fois, elle voyait une montagne enneigée, et pensa que ce devait être de là que venait Thor et les autres Ases. Selon toute logique, loin derrière elle devait se trouvait un désert où vivrait les dieux Égyptiens. Le soleil disparu derrière des arbres et elle se retrouva plongée dans une ombre rafraîchissante. Avançant toujours, elle pénétra le groupement d'arbre -trop petit pour être une forêt, pensa-t-elle, il devait s'agir d'un bois assez touffu tout de même- et trouva un petit cours d'eau après quelques minutes de marche.

Jeanne se pencha pour s'abreuver. Elle n'avait pas encore réalisé qu'elle n'avait pas vraiment soif. Ni faim. Et qu'elle n'était pas non plus fatiguée, malgré les deux bonnes heures de marche en armure complète qu'elle venait d'accomplir à pied. S'asseyant sur une souche d'un pin brisé, elle essaya de repérer le Nord, mais n'y parvint pas. Il devait y avoir une source de lumière constante qui empêchait la mousse de pousser uniquement dû côté voulu. Pestant, la soldate se releva et s'apprêta à reprendre son chemin, quand une voix l'interpella.

Se retournant, elle découvrit une femme qui semblait avoir son âge, à la chevelure rousse flamboyante et vêtue de cuir vert, un arc à la main. Une chasseresse probablement, et en observant les symboles gravés sur la crosse elle distingua des lettres Grecques. Artémis donc. Jeanne la salua, et l'autre lui rendit son salut. Lui demandant ce qu'elle faisait ici, dans la langue des immortels, Jeanne lui répondit qu'elle cherchait un abri dont on lui avait parlé. Artémis souri et lui pointa la direction du doigt. Elle-même comptait s'y rendre, et s'invita à marcher à ses côtés. Quelques lapins pendaient à son flanc, promesse d'un dîner ce soir. Jeanne répondit aux nombreuses questions de la déesse de la chasse pendant longtemps. Disparue depuis avant l'arrivée du Christianisme, elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'était devenu le monde. Jeanne lui raconta sa vie, et tout ce qu'elle savait qui pourrait intéresser sa compagne.

Mordant dans une patte d'un des lapins rôtie au feu qu’elles avaient montés, la Pucelle parlait de la Guerre des Cents Ans. Fascinée par un conflit de cette ampleur, Artémis buvait ses paroles. Elle demanda alors à Jeanne de lui parler de sa religion. Jeanne ne sût quoi dire pendant un moment. Sa religion avait provoqué l'oubli d'une dizaine d’autres religions. De plus son dogme avait toujours enseigné qu'il n'y avait qu'un seul dieu au monde, et si elle était honnête avec elle-même, son culte n'était plus ce qu'elle était à ses débuts. Finalement Jeanne parla de l'origine telle qu'elle la connaissait. Artémis eut du mal à imaginer un monothéon, mais elle resta assez ouverte d'esprit pour l'accepter. Sa curiosité la poussa à lui demander ce que Jeanne pensait de tout ce qu'elle savait, maintenant qu'elle était ici, elle-même considérée comme une demi-déesse.

« Je suis perdue », finit par dire Jeanne. « Je suis, vraisemblablement, morte pour ma religion, pour mon dieu, que je croyais unique. Mais maintenant que je suis là, j'ai l'impression qu'Il m’a menti du début à la fin. »

« Ne t'en fais pas Jeanne », lui répondit Artémis d'une voix douce et apaisante. « Même les immortels doutent un jour de ce en quoi ils croient, de ce pour quoi ils vivent. Je ne connais pas ton dieu, mais je l'imagine un peu comme mon père, Zeus. Lui aussi ment parfois, mais ce n'est jamais dans le but de nous faire souffrir. »

« Mais pourtant, pour quelles raisons quelqu'un nous ferait croire en quelque chose de faux ? Si l'avenir doit nous avoir oubliés au final, est-ce que tout cela a un sens ? »

« J'ai vécue l'équivalent de plusieurs dizaines, plusieurs centaines même, de vies d'hommes. Le monde était là bien avant nous, les Olympiens, et je suis sûre qu'il sera là des éons après que les prochains panthéons aient disparus. Et c'est une bonne chose, car cela signifie que la vie était, est et sera, bien après la disparition du dernier des panthéons. Notre tâche, Jeanne, n'est autre que préserver cette vie. »

Jeanne garda la dernière phrase de la déesse à l'esprit et songea que ce n'était pas une mauvaise réponse. La vie, après tout, était en effet tout ce pour quoi elle s'était battue. Protéger la vie, de tous les ennemis qu'on lui enverra, voilà une idée à laquelle elle pouvait s'accrocher, une raison valable pour se battre. Artémis se taillait de nouvelles flèches, tandis que la pucelle regardait pensivement la lune, haute dans le ciel voilé par la cime des arbres. Puis la lune la regarda en retour. Avant qu'elle n'ait eu le temps de faire quoi que ce soit, un martèlement sourd se fit entendre dans les bois derrières elles. Un cliquetis métallique, semblable à des lames qu'on entrechoquerait raisonnait dans la nuit.

Jeanne fonça attraper son épée, Artémis était déjà en joue, prête à décocher une flèche rapide et mortelle, quand ce qui semblait être un morceau de la lune se décrocha et vint vers elle à une vitesse folle. S'écrasant devant elles, une femme se releva, de la peinture bleue claire sous les yeux et les cheveux noués en nattes, retombant devant ses épaules, des plumes dépassant de sa chevelure. Se redressant, l'éclat gris de la lune luisait dans ses yeux et dans les quelques bijoux d'argents qu'elle portait sur les bras.

Tandis que la guerrière française ne savait pas à qui elle avait à faire, Artémis se doutait de l'identité de la déesse qui se tenait face à elle : Chia, déesse de la lune d’Amérique du Sud. Des bois sortie enfin l'ombre massive d'une carriole faite d'os humains, soulevée par des centaines de pattes de poulet, transportant à son bord une hideuse vielle femme, dont les dents étaient faîtes de morceaux de métaux semblables à de petits couteaux. Artémis reconnue immédiatement la vielle femme : il s’agissait de Baba-Yaga, la déesse de la mort des Slaves. Les quatre femmes se jaugèrent pendant de longues minutes, attendant de trouver une ouverture pour lancer le début des hostilités. Jeanne ignorait tout de ces deux adversaires et ne connaissait pas non plus les tactiques de combats de son alliée ni celle qu'elle comptait attaquer. N'ayant jamais combattu de telles êtres, Jeanne se trouvait dans un inconnu pour le moins pénible.

D'un regard elle se douta que Chia utiliserai une sorte de magie, et se rappela que dans un combat attaquer au corps à corps une personne qui se bat de préférence à distance est une bonne idée. Voulant profiter d'un avantage face à ces ennemies inconnues, Jeanne finit par foncer bouclier levé vers la déesse Amérindienne. Artémis ne s'attendait pas réellement à ce que la jeune femme blonde fonce soudainement sur un de ces adversaires, mais se reprit presque immédiatement et arrosa de flèches aiguisées Chia, pour que celle-ci, en se protégeant, ne puisse pas préparer la défense contre l'assaut de Jeanne. Sa rapidité à l'arc était légendaire, et se tournant elle eut le temps de décocher une autre salve de flèche vers Baba-Yaga, qui ne se déplaçait que depuis son trône grotesque. La vielle femme n'eut en revanche qu'à plisser des yeux pour que des boucliers faits d'os humains la protègent.

L'épée de Jeanne fendit l'air et manqua d'un cheveu Chia, qui réussit à esquiver à la dernière minute. La déesse de la lune leva les mains en l'air, et la rivière près des quatre combattantes se mit aussitôt à sortir de son lit tandis que son débit s'intensifiait. Artémis n'en avait que faire, sautant de branche en branche, arrosant la vielle déesse d'une nuée de flèches qui semblaient inépuisables. Baba-Yaga elle, finit par se retrouver bien incommodée par la montée de l'eau et cria son mécontentement à Chia, qui ne l'écoutait pas le moins de monde. Cette dernière ébloui Jeanne en faisant refléter la Lune sur son front avant de foncer la pour la frapper au visage d'un coup de pied retentissant. Le choc projeta la française sur plusieurs mètres. Elle retomba lourdement sur le sol déjà recouvert d'eau et seule la douleur au niveau de sa mâchoire lui permit de ne pas s’effondrer dans l’inconscience. Se relevant péniblement, elle n’eut que le temps de voir la monstrueuse machine de mort de la sorcière lui foncer dessus. Jeanne leva son épée au dernier moment, enfonçant sa lame dans le bois bien plus facilement que ce à quoi elle s’attendait. Baba-Yaga poussa un cri de surprise et tandis que son chariot se soulevait –comme animé d’une vie propre- elle tomba du haut de sa monture. Chia était tenue à distance par les flèches d’Artémis. La déesse de la lune finit par se lasser de cet affrontement et, jetant un regard noir aux deux jeunes femmes, prit son envol retournant dans les cieux se cacher dans l’un des nombreux astres visibles depuis la surface de ce monde.

Se sachant seule et en mauvaise posture, Baba-Yaga joua la perfidie. La déesse-sorcière cracha un maléfice sur Jeanne, puis pointant ses mains sur le sol, disparue en une gerbe de fumée noirâtre. L’eau retournait tranquillement dans son lit depuis le départ de Chia, et le sol fût bientôt sec. Artémis s’approcha de Jeanne, et son œil expert se tinta d’une lueur inquiète.

« Qu’y-a-t-il », demanda la Pucelle. « Pourquoi t’inquiéter ? Nous avons fait rebrousser chemin à ces deux pestes et sommes libres de reprendre notre route. »

« Certes. », répondit la déesse de la chasse. « Mais Baba-Yaga t’a jeté un maléfice que seul un dieu de la mort peut jeter. Ne le sens-tu pas ? Elle t’a privé de ton immortalité ! »

Artémis expliqua à Jeanne que l’immortalité des dieux sur ce monde ne tenait qu’à peu chose, et que tant qu’un panthéon n’était pas entièrement implanté, aucun des immortels de ce panthéon n’était réellement encré. En somme, si tous les dieux d’un panthéon venaient à être vaincus… Ils pouvaient disparaître à tout jamais. C’est ce qui était arrivé à certains des premiers panthéons, et c’était la raison pour laquelle il n’y avait pas un nombre infini de dieux. Les premiers dieux étaient tous belligérants et s’étaient entre-tués. Crom avait été le meneur d’un massacre divin en son temps, et de son époque ne restait plus un seul dieu. La disparition de Jeanne signifierait l’impossibilité pour son monothéon d’apparaître ; aussi Artémis finit par dire à Jeanne que leur première mission serait de faire lever le sort de Baba-Yaga.

« Et pour ce faire, il n’existe qu’un seul endroit où nous pouvons nous rendre », annonça Artémis. « En Avalon, demeure des dieux Celtiques. »


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TITANOS
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Écrit le Vendredi 21 Avril 2017 à 14:33 
Magnifique !
J'adore pour ma part la mythologie et tu nous en sert avec brio !
Seul grande faute que j'ai trouvé pour ma part, Bellona n'est pas la femme de Mars, plutôt son compagnon d'arme. Elle s'occupe de la guerre, mais surtout des troupes romaines, Mars à un rôle plus générale s'occupant de la guerre, de La Défense de la cité et de la stratégie d'assaut.
Minerva ( Athéna ) est aussi la déesse de la stratégie mais elle n'est pas vénéré par les romains et certaines de ses tâches se verront renvoyer à Mars.
En bref Bellona est vénéré par les romains et s'occupe des troupes romaines, donc de la guerre indirectement, mais c'est Mars le véritable dieu de la guerre qui remplacera Minerva dans ses tâches.
Minerva reste tout de même adulé par les créateurs et ingénieurs de toute sorte, ainsi que des sages.

Sinon ton histoire est très bien écrite et intrigante à la fois.
Je crois cependant que Vishnou s'écrit autrement.
Dernier point qui me chiffonne c'est l'alliance entre les Olympiens est les romains.
Les grecs et les romains ce sont livrés des guerres d'une ampleur jamais vu, les romains ont pillés la culture ainsi que la mythologie grecque et on probablement volés des artéfacts de grandes valeurs à ceux-ci.
Leur alliance me semble donc mal placé, toute fois on est ici dans une fiction et donc il est possible que pour des raisons diverses les poussent à s'allier.
Je compte sur toi pour nous expliquer leurs alliances dans les chapitres qui suivent.

Edit : Autre petit hic, Chia est la déesse de la lune, mais Artémis aussi, elle remplace Sémélé titane de la Lune.
Va tu aborder les titans ou sont ils déja morts ?
Peut être pourrait tu aborder le thème de divinités au caractères ou rôles similaires qui se tue pour justifier leurs existance.

Je verrait bien un dieu parmis les dieux, tel l'Axiom dans Shin Megami Tensei.

Sinon comment va tu faire pour équilibrer le champ de bataille ? Certaines déités sont plus puissante que d'autres.
Par exemple Shiva qui détruit le monde afin d'équilibrer le mal et le bien.
D'ailleur pour l'instant on se contente des déités, mais si tu aborde les Olympiens peut on espérer voir les déités mineurs et monstreuses tel que Hestia, ou des dieux primaux tel Nyx, Tartarus voir Gaïa et Ouranos.
D'ailleurs il est établi que les monstres grec sont immortel au sens large du texte, apparaitrons ils aussi ?

Que de questions...

Quoique tu fasse je te soutient de tout mon coeur dans ton oeuvrage titanesque.

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darkwillalex
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Écrit le Dimanche 23 Avril 2017 à 01:25 
Haha, content de voir qu'il y a un enjoué ! :-D
Alors, c'est vrai que le cas des dieux Grecs et Romains est particulier, mais au cours de mes heures de documentations, j'ai appris l'existence des dieux Étrusques, qui se placent chronologiquement entre les Grecs et les Romains. Pour faire simple, les dieux étaient là, sur terre, mais étaient influencés par les croyances des hommes, et changeaient en fonctions de l'époque. Zeus et Jupiter sont donc le "même" dieu, maaaais, pas vraiment non plus. Si Zeus flingue bien son padre, il me semble que Jupiter, lui, ne le tue pas et le pardonne même.
Du coup, pour faire au plus simple quand j'ai imaginé ce genre de choses, j'ai trouvé la combine suivante : quand on parle de dieux de de la foudre chef de panthéon, on pense généralement en premier à Zeus. Et quand on pense à son fils, on pense plus facilement à Hercule, grâce à Disney. Du coup c'est la version la version la plus populaire d'un dieu qui sera là, la plupart du temps !

Pour les divinités majeures/monstrueuses, il y en aura certaines, mais pas chez les Grecs. Les titans sont toujours enfermés en Hades. Ce sont plutôt les Fomores qui seront là (les ennemis des dieux Celtes). Smileys Dragon Quest Fan
Enfin, je ne vais pô en dire plus, j'ai peut-être quatre chapitres de prêts, un cinquième à moitié finis, et des paaaages de notes pour me souvenir de où je veux aller. Si la suite n'apporte pas de réponses à tes questions, j'y répondrait avec plaisir cela dit ! :-D

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TITANOS
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Écrit le Dimanche 23 Avril 2017 à 18:06 
Je commence à comprendre, les dieux grecs sont plus présent étant plus populaires ( je reviendrait la dessus plus tard ) et les dieux romains sont un aspect de leur personalité qui reprend le dessus parfois.

La ou sa se complique c'est que les romains ont vaincus les grecs, logiquement ceux ci seraient plus présent.
De plus ta combine ( que j'ai trouvé assez hilarante Smileys Dragon Quest Fan ) est assez légère si ton point de comparaison est Disney.

Sinon petite faute ou lapsus, rien de grave mais les titans sont enfermer dans le Tartare, le dieu primal Tartarus, le Tartare est accessible par 7 différentes rivières dont la maiorité prennent le royaume d'Hadès comme source.

En gros on a Tartarus>All>Hadès.

Pour mieux comprendre imagine Gaïa représentant le dessus de la Terre, Ouranos le ciel et bien Tartarus c'est le centre de la Terre, les 7 fleuves sont ses veines et les monstres originent de son corps.

C'est une divinité primale qui explose les dieux quand il veut, il a engendré tout les monstres à ce jour dont ceux qui ont failli renverser les dieux, les géants, Typhon.

Je te conprend très bien si tu ne l'inclu pas pour équilibrer le champs de bataille cependant Smileys Dragon Quest Fan .

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darkwillalex
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Écrit le Dimanche 23 Avril 2017 à 18:09 

Chapitre Deuxième: From Bad to Norse

 

Le monde du conflit des dieux semblait avoir toujours existé. Seule son apparence changeait, en fonction des différents panthéons présents. Jeanne avait commencé à s’intéresser à cet endroit après avoir observé la topographie singulière qui s’était offerte à ses yeux. Zeus avait, lui dit Artémis, observé de nombreux changement de paysage, et avait conté à ses enfants les récits du monde tel que l’avait connu Chronos. D’après ce qu’ils avaient pu comprendre et entendre, le monde était une immense planète entièrement recouverte d’eau glacée. La croûte terrestre était trop rapprochée pour laisser au noyau en fusion l’espace nécessaire pour grandir. Lorsque les premiers dieux arrivèrent, la terre se mit à trembler, et un premier continent se forma, prenant la forme et la taille nécessaire pour que ces dieux puissent vivre. La faune et la flore s’installèrent d’elles-mêmes, suivant un processus d’évolution similaire à celui de la Terre mais bien plus rapide. Jeanne buta sur le mot ‘évolution’ mais fit mine de comprendre. Les astres comme le soleil et la lune n’apparurent qu’à partir de l’arrivée des premiers dieux solaires et lunaires, et d’après Athéna, une des sœurs d’Artémis, ils disparaîtraient s’il se trouvait que ces dieux-ci venaient à périr définitivement. 

L’île d’Avalon était, de son côté, apparût très récemment. Séparée du reste des continents épars, elle était ceinturée d’esquifs et de rocailles qui auraient rendu toutes arrivées par les voix maritimes impossibles. Mais elle était également protégée par une batterie de protections mystiques, de charmes et de runes, constamment maintenues par les divinités locales. S’y rendre ne serait pas une partie de plaisir, assura Artémis, et le voyage serait d’autant plus long et pénible qu’elles en  étaient toutes deux actuellement très loin.

Deux jours de marche après leur affrontement contre Baba-Yaga et Chia, les deux femmes étaient toujours à plusieurs semaines à pied de leur destination. Jeanne, redevenue mortelle, était à nouveau assujettie à la faim et au sommeil, ce qui n’arrangeait pas leurs déplacements. Elle émit la possibilité de se rendre chez d’autres dieux, à même de rompre le sort de la déesse Slave, mais Artémis, ne connaissant pas suffisamment les autres panthéons, ne savait s’ils pourraient réussir.

« Tu sembles bien sûre des capacités de ces dieux Celtes. En as-tu déjà rencontré ?», lui demanda Jeanne.

« Lors de leur arrivée, les chefs de panthéon sont allés à leur rencontre. Zeus, Odin, Râ et d’autres se sont présentés en Avalon avec leurs délégations respectives. J’avais demandé à mon père de m’emmener avec lui ce jour-là, suite à une dispute avec l’un de mes oncles. Sur place, j’ai rencontré quelques-uns d’entre eux. Nuada, Cuchulain, qui était dans le même cas que toi : c’était un mortel qui a été élevé à un rang d'immortel, mais également -et surtout- Dagda. »

Devant l’air interrogateur de la jeune femme blonde, la déesse rousse lui parla de ce dieu-druide, et de ses prouesses magiques. Selon elle, sa science de la magie était à même de rompre et détruire n’importe quel sortilège existant.

« Mais plus encore que pour s’y rendre, le problème serai d’expliquer en quoi il serait judicieux pour les Celtes de rompre cette malédiction…,» finit par avouer Artémis.

Ce panthéon aussi avait été envoyé sur ce monde suite à l’arrivée du christianisme. Jeanne s’en sentait de plus en plus coupable, même si elle savait pertinemment qu’elle n’avait pas personnellement participé à la chute de ces dieux.

Les jours qui suivirent furent assez longs et monotones pour les deux femmes. Le chemin semblait interminable pour aller jusqu’aux côtes. Artémis savait que certains dieux avaient laissés des embarcations arrimées par endroit, et comptait là-dessus pour se rendre chez les dieux Celtes, ainsi que sur l’assistance et la protection de son oncle Poséidon pour lui assurer une approche plus favorable, quand Jeanne lui rappela qu’elle lui avait dit que la voie maritime était impossible. Le temps passa lentement pour les deux femmes, mais au bout de plusieurs jours de marche forcée elles arrivèrent enfin en bord de mer.

Les côtes s’étendaient à perte de vue. Si la surface des terres immergées avait changé au cours des siècles, elles avaient aujourd’hui l’apparence d’un seul continent dont la forme générale évoquait facilement un « c ». Artémis confia à Jeanne que son père, Zeus, n’avait jamais connu ce monde en aussi piteux état et qu’il n’avait jamais été aussi petit.

Cherchant dans les talus, dans les fourrés, dans les buissons et bois alentours, sur quelques kilomètres, la moindre embarcation, les deux femmes furent bien déçues de n’en trouver aucune. Le soleil était à son zénith et même Artémis commençait à montrer des signes d’épuisement.

« Quelle est… la probabilité… pour que», commença Jeanne d’une voix saccadée, «notre entreprise ait été… sabotée ? »

Artémis n’avait pas réellement pensée à cette possibilité. Elle se releva et avança à la lisière de l’ombre sous laquelle elles s’étaient allongées, scrutant l’horizon. Elle répondit à Jeanne qu’en y réfléchissant bien, il été assez probable que ce fût le cas. La guerrière blonde demanda à la chasseresse rousse le chemin à prendre pour continuer.

« A vrai dire, si toutes les barques ont été détruites, nos plans vont devoir changer. Et si rejoindre l’île d’Avalon en bateau nous est impossible, nous allons devoir emprunter un pont particulier.»

« Parce qu’il y a un pont ? Pourquoi risquer de prendre un bateau si un pont permet d’accéder directement à une destination ?», demanda Jeanne dont la voix s’échauffa légèrement.

« C’est un pont réservé à certains dieux. », répondit Artémis. « Si ce n’était pas le cas ç’aurait été notre première destination. Seulement les dieux qui le gardent sont assez peu prêteurs, malgré l’alliance qui nous unit. Et ce n’est pas un simple pont, c’est un pont arc-en-ciel. »

Lorsque le soleil commença à se coucher, les deux jeunes femmes se levèrent. Elles avaient passées du temps à se reposer pour marcher de nuit. Au bord de mer, le soleil était trop violent pour rester à découvert la journée. Artémis expliqua le chemin à suivre à Jeanne, et lui prodigua quelques conseils pour se déplacer furtivement dans les bois qui longeaient la mer. La chasseresse lui souhaita bonne chance, après lui avoir dit qu’elle ne pourrait pas continuer son chemin avec elle plus longtemps : elles approchaient de l’intersection entre les territoires des panthéons Chinois, Slaves et Nordiques, une zone de non-agression où les dieux ne pouvaient se rendre sans autorisation préalable. Jeanne pourrait s’y rendre sans problème, puisqu’elle n’était, en théorie, plus une immortelle.

La guerrière continua donc son chemin toute seule, suivant la direction que lui avait indiquée Artémis. Continuant à éviter de marcher quand le soleil commençait à se lever, sa progression s’avéra plus rapide qu’elle ne le pensa en premier lieu. D’après son ex-compagnon de route, les territoires Slaves et Chinois se trouvaient dos à elle quand elle était près du littoral, ce qui lui facilité grandement la tâche. Jeanne avait été prévenue que le territoire Nordique possédait un microclimat qui permettait à ce panthéon de ne pas mourir de chaud. Ce climat localisé ne touchait cependant qu’une faible zone, d’environ une centaine de kilomètres autour d’une montagne. Jeanne finit par voir cette dernière après deux jours de marche seulement. Hâtant le pas pour y arriver au plus vite, elle fut surprise quand sans prévenir un blizzard la frappa. Une sorte de dôme englobait toute la zone Nordique, la faisant paraître bien loin et ensoleillée, quand en réalité elle se trouvait déjà tout près et était un véritable déluge.

Le vent gelé avait frappé sans prévenir, et Jeanne tremblait comme une feuille. Elle n’avait jamais connu de froid si intense, ni de son vivant ni de sa mort –cela avait même été plutôt le contraire- et se produisit alors quelque chose auquel elle ne s’attendait pas. Contre toute attente, le froid lui parût assez vite supportable. Le feu l’avait tué, devenant une faiblesse, et pour compenser, sa résurrection l’avait rendu plus résistante au froid. La montagne était toujours à plusieurs heures de marches d’elle, et sa visibilité réduite lui ferait perdre du temps à coup sûr. Par chance, le vent soufflait dans son dos au moins. Jeanne avançait les yeux plissés, tentant de discerner le chemin qu’il convenait pour se rendre au pied de la montagne, quand elle se rappela que même en y arrivant, elle ne savait ni où dans la montagne se trouvait le palais des dieux Nordiques, ni comment y accéder. La guerrière blonde prit le temps de s’arrêter un instant pour réfléchir, mais se rendit vite compte que cela lui serait impossible tant le vent et le froid –qu’elle sentait tout de même- l’empêcher de se concentrer.

Elle se précipita vers un arbre suffisamment robuste et bas pour se construire un abri. Brisant branches après branche, creusant le sol recouvert d’une épaisse couche de neige, elle put se faire un refuge assez grand pour tenir debout et assez large pour s’asseoir en tailleur. La neige décaissée lui permit par la même occasion de recouvrir les branchages, obstruant ainsi les interstices entre lesquelles le vent aurait pu passer. La température était bien plus agréable à l’intérieur qu’au dehors, et Jeanne en profita pour enlever son armure et respirer quelque peu. Elle avait marché pendant toute une journée, et avec ce temps et la faible luminosité à l’intérieur de son abri, elle avait complètement perdue le fil des heures. S’appuyant contre l’une des parois, la guerrière finit par s’endormir s’en même s’en rendre compte.

C’est le manque d’air qui la réveilla. La neige à l’extérieur avait bouché l’entrée empêchant l’oxygène de circuler. Elle se leva précipitamment et défonça le bouchon de neige d’un violent coup de poing. Elle plongea la tête hors de son abri pour respirer, cessant de suffoquer par la même occasion. La neige avait cessé de tomber. Le visage en sueur, elle ressentie d’un coup le froid extérieur et éternua avec tant de force, que la neige sur les branches de l’arbre au pied duquel elle avait dormi tomba mollement sur elle. Un rire à la fois froid et joyeux retentit non loin d’elle. S’ébrouant pour retirer la neige, Jeanne jeta un regard circulaire rapide, et dû se concentrer longtemps pour distinguer la personne responsable de ce quolibet. Une femme dont la peau était d’un blanc immaculé se trouvait à quelques mètres d’elle, cachée entre les branches enneigées. Elle se leva quand elle comprit que Jeanne l’avait vu, et s’avança vers elle, une lance de glace à la main et accompagnée d’un loup aussi blanc qu’elle. La femme blanche lui demanda alors qu’il elle était. Son accent ne trompa pas Jeanne une seule seconde : il s’agissait bien d’une Nordique.

« Je suis Jeanne, » lança la guerrière blonde, « première arrivée de la religion… Chrétienne. »

« Jamais entendue parler. », répondit l’autre en plissant les yeux. « Et que viens-tu faire par ici au juste, étrangère ? Ces terres sont interdites aux dieux sans autorisation préalable ! »

« Je le sais bien, mais je ne suis pas concernée par ces règles : je ne suis pas une immortelle. »

La femme baissa sa lance de glace et sitôt son loup prit des airs plus doux, ressemblant plus à un énorme chien qu’à une bête féroce. Elle s’approcha de Jeanne et lui tendis une main bienveillante. Jeanne lui demanda de patienter une petite minute, le temps pour elle de remettre son armure. Une fois fait, elle agrippa la main de la déesse et fut tiré hors de son trou avec autant d’aisance qu’une fleur est retirée du sol. Artémis l’avait prévenu que la force moyenne des Ases était plus grande que celle des autres panthéons, mais elle ne s’attendait pas à une telle différence. La déesse se présenta alors à Jeanne.

« Je suis Skadi, déesse de l’hiver et de la chasse. Que puis-je faire pour t’aider, mortelle ? Tu dois bien être la première que j’ai vue sur ce monde depuis des éons. »

Jeanne lui confia qu’elle souhaitait demander audience au chef du panthéon local, afin de pouvoir emprunter leur pont arc-en-ciel. Skadi prononça quelques mots à son loup, qui fila dans les bois. La déesse expliqua à Jeanne qu’il porterait le message à Odin, pour qu’elle soit reçue directement à son arrivée. Les deux femmes prirent la route ensemble, le soleil brillant haut dans le ciel et éclairant les landes enneigées devant elles. Jeanne ne se souvenait pas avoir déjà vu un paysage aussi banc, aussi rayonnant. Elle raconta à Skadi son voyage en compagnie d’Artémis, et Skadi fit une moue l’espace d’un instant. Depuis que la plupart des panthéons n’étaient plus en guerre, les dieux organisaient parfois des concours opposant différents dieux d’une même chose. Skadi et Artémis avaient concourues dans un tournoi de chasse, et la Grecque avait battu de peu la Nordique.

Jeanne et Skadi continuèrent leur voyage sans aucun incident jusqu’à arriver devant le palais des Ases, après avoir suivi un sentier tortueux dans la montagne, que Jeanne n’aurait jamais trouvé seule. La guerrière blonde fut amenée à l’intérieur de la demeure des dieux locaux en grande pompe. Un immense palais fait de bois et de roc, possédant un nombre incalculable de porte (six-cent quarante, finira par dire un dieu quand Jeanne le lui demandera), et de bouclier en guise de toit. Tout au fond de l’édifice, sur un trône majestueux, siégeait le maître du panthéon.  A ses côtés se trouvaient plusieurs hommes, deux corbeaux et le loup de Skadi. Jeanne y fut escortée avec cérémonie. Elle reconnue Thor en s’approchant et le salua poliment, avant de saluer son père, Odin.

« Jeanne, première des Chrétiens, guerrière honorable et connaissance de mon fils héritier, soyez la bienvenue en Asgard », tonna Odin d’une voix qui résonna dans le palais.

« Merci à vous seigneur des Ases. » répondit Jeanne en s’inclinant. « Vous savez probablement déjà la raison de ma présence. Il me faut utiliser votre pont arc-en-ciel, avec votre permission. »

Le seigneur des Ases se leva de son trône et fit signe à son fils, Thor, ainsi qu’à Jeanne de le suivre. Il remercia le loup de Skadi qui retourna vers sa maîtresse. Skadi fit un signe d’au-revoir à Jeanne avant de retourner dehors –non sans avoir bu une gorgée d’alcool au passage. Jeanne, à la gauche d’Odin, tentait de suivre le pas du dieu borgne. Il avait l’air aussi vieux que le temps lui-même, mais une impression de force et de puissance se dégageait de lui. Odin demanda à Jeanne la raison pour laquelle elle avait besoin d’utiliser leur pont. La Pucelle hésita à lui répondre la vérité, mais un regard rapide en direction de Thor lui fit comprendre que le mensonge n’était pas une bonne idée.

« Je souhaite l’utiliser pour me rendre en Avalon, chez les dieux Celtes. Là, je pourrai me faire libérer d’une malédiction lancée par Baba-Yaga, la déesse Slaves, et ainsi regagner mon immortalité. »

« Ainsi donc, vous êtes venue ici tout en sachant qu’une autorisation était nécessaire pour tout dieux souhaitant audience avec moi ? »

« Je ne suis pas une déesse » répondit Jeanne, « et cette restriction m’a-t-on dit, n’était en vigueur que pour les immortels. Or, je suis tout à fait mortelle actuellement. Je n’ai trompé personne. »

Jeanne était dans l’angle mort d’Odin, du côté de son cache-œil, mais elle se doutait que des éclairs en seraient sortis s’il en avait le pouvoir. Odin n’aimait pas être mené en bateau. Thor tenta de détendre l’atmosphère en plaisantant.

« Haha, sacrée guerrière, n’est-ce pas père ? Elle manie les mots aussi bien que Loki et l’épée aussi agilement que je manie mon marteau ! »

« De sa malignité je ne doute pas, fils » fit Odin entre ses dents. Mais est-elle réellement aussi combative que tu le veux prétendre ? »

Odin se tourna vers Jeanne, l’œil valide la fixant intensément. Il proposa alors à Jeanne un défi. Si elle battait un guerrier du choix du roi, elle serait libre d’utiliser le pont arc-en-ciel aussi souvent qu’elle le souhaiterait. Si elle perdait, elle devrait en revanche partir ailleurs pour rejoindre Avalon. Jeanne déglutit mais se résigna. Elle savait qu’elle n’avait pas réellement d’autre choix devant elle. Elle fixa Odin en retour et accepta. Le roi des Ases porta la main à une corne de brume attachée à sa ceinture et la fit sonner. Le dieu borgne décréta que Jeanne combattrai une femme, qui en de nombreux points était son égale, et devant Jeanne une femme vint en courant, vêtue d’une armure légère mais de toute évidence plus que solide, aux longs cheveux d’or et au regard profond, sauvage mais également étrangement calme. Odin, pour que le combat soit équitable, rendit la déesse blonde au même niveau de force que Jeanne. Seule leur habilité à l’épée serait jugée ce jour-ci. Thor souhaita bon courage à Jeanne, et embrassa la déesse, Sif, sa femme.

Un terrain d’exercice pour les dieux fut réquisitionné dans l’heure pour le duel, et tous les Ases et Vanes invités à venir observer le combat. Odin frappa le sol de sa lance et les deux femmes, après s’être brièvement saluées, se lancèrent l’une contre l‘autre. Les coups d’épées retentirent pendant de longues minutes, mais Jeanne se rendit bien vite compte qu’elle avait un avantage face à son adversaire. Si Jeanne avait toujours combattu avec une force d’humaine, Sif, elle, n’avait pas l’habitude de manier son arme avec une force de mortelle. Ses parades devinrent lentes tandis qu’elle avait du mal à lever son arme, et Jeanne, ne cherchant plus à se fatiguer, finit par désarmer Sif avec un léger sourire en coin. Plantant son épée dans le sol, elle mit genoux à terre, et remercia son dieu pour lui avoir donné la force de vaincre une déesse sur un pied d’égalité.

Odin, qui crut que cette génuflexion au sol lui était destiné, demanda à la guerrière française de se relever. Rendant sa force à Sif, qui lança un regard noir à la fois à son époux (qui était venu féliciter Jeanne d’une accolade), à son beau-père, Odin, et à Jeanne, la mortelle qui l’avait battu.

Le dieu borgne conseilla à son fils d’aller tenir compagnie à sa femme, sentant une tension dans l’air. Il se tourna alors vers Jeanne, et lui sourit. Bien sûr qu’il savait qu’elle aurait un avantage face à Sif, il souhaitait voir la pucelle gagner. Il invita Jeanne à marcher avec lui pendant un moment.

« Voyez-vous Jeanne, Sif est une guerrière fière, belle et intrépide, qui n’a connu que très peu de défaite au cours de sa longue vie. L’humilité est une chose importante, et se faire vaincre par une mortelle… Cela devrait lui en procurer. »

« Vous ne laissez décidément rien au hasard  » lui répondit Jeanne.

« Seul un sot s’en remet au hasard. Je n’ai pas sacrifié mon œil pour rien : la sagesse est mon bien le plus précieux. A terme, la défaite de Sif nous sera à tous profitable » dit-il en passant sa main sur sa barbe.  « Le bifröst, c’est ainsi que nous appelons le pont arc-en-ciel, vous sera libre d’accès à jamais, à partir de demain. Une victoire se doit d’être fêtée. Vous mangerez et boirez avec nous ce soir. Cela vous donnera peut-être l’occasion de vous faire apprécier par Sif.», dit-il à Jeanne, qui imaginait mal cela se produire rapidement.

Jeanne regagna la chambre qui lui avait été préparée. Elle déposa son armure et profita d’avoir un véritable toit pour se détendre et se reposer le temps d’un bain chaud. Quelques domestiques virent s’occuper d’elle, et Jeanne découvrit le temps d’un après-midi le confort de la couronne. La pucelle se demanda toutefois, si tous ceux qu’elle voyait étaient des dieux. Son bain finit, Jeanne retourna dans la grande salle du trône, et chercha un visage familier des yeux. Skadi était retournée dehors, et Thor n’était pas là. Il devait sûrement tenter de changer les idées de sa femme. Ne sachant que faire, Jeanne resta seule sur une des nombreuses chaises, un coude sur la table constamment couvertes de nourriture.

Comme pour pallier à sa solitude, une femme vint à sa rencontre. Frigga, l’épouse principale d’Odin. Le soir venu, Jeanne quitta la soirée plus tôt que n’importe qui d’autre. La musique bruyante et les vapeurs d’alcool avaient été plus forts qu’elle. Skadi avait partagé une danse avec la pucelle d’Orléans, et cette dernière avait pu discuter un peu avec une Sif calmée, et à son plus grand soulagement, avait même réussie à lui faire décrocher un sourire après avoir complimenté son style de combat. Observant le soleil du microclimat se coucher, elle fut surprise de le voir rapetisser à l’horizon, puis devenir une sorte de boule de feu. Et elle s’inquiéta quand cette boule de feu fonça vers le palais d’Odin.

« Pas d’inquiétude à avoir » lança une voix derrière elle, « ça n’est que Sol, notre divinité solaire. Elle rentre pour laisser sa place dans le ciel à son frère, Mani. »

Thor et Sif avait rejoint Jeanne à l’air libre. Le prince héritier demanda à la française si elle avait vu son père. Odin avait quitté la fête juste après elle, et était parti dans sa direction mais n’était nulle part. Jeanne lui répondit que non et lui proposa de le chercher.

« Connaissant mon père, il doit avoir ses propres occupations.» lui répondit Thor. « En outre, je ne pense pas que qui que ce soit sur ce monde souhaite lui tendre une embuscade, s’il souhaite vivre vieux. Bonne nuit Jeanne. »

Les deux époux retournèrent à l’intérieur. Sif fit un signe à Jeanne par-dessus son épaule. Elle lui avait fait promettre de s’affronter à nouveau quand elle aurait retrouvé son aura divine, et la force qui allait avec. Observant la lune se lever dans le ciel, Jeanne se demanda qui se chargeait de ce rôle quand elle était en vie. Un ange peut-être, se dit-elle. Après quelques minutes à contempler le monde blanc qui s’offrait à sa vue, Jeanne retourna à l’intérieur et parti se coucher dans une chambre qu’Odin avait fait préparer à l’avance pour elle et y passa une nuit des plus agréable.

Le lendemain matin, après avoir s’être fait une petite toilette, la guerrière blonde descendit les marches quatre à quatre et trouva Odin ainsi que Thor en train de discuter. Elle s’inclina poliment devant le roi et le prince, puis indiqua à ce dernier d’un geste de la main qu’elle allait attendre devant le pont (Odin lui en avait indiqué la position la veille). La neige avait reprise. Elle tombait mollement du ciel et semblait ne faire qu’effleurer le sol. Jeanne avança lentement tout de même, la neige atteignant ses mollets et ralentissant son avancée.

Odin finit par rejoindre Jeanne devant le bifröst et ensemble, attendirent Thor qui souhaitait faire ses au-revoir à la guerrière. Le dieu de la foudre arriva peu de temps après eux, fendant l’air grâce à Mjöllnir, son marteau enchanté. Faisant une brève accolade à son amie, il lui souhaita un bon premier essai du pont arc-en-ciel, avant de planifier la destination vers l’île d’Avalon. Jeanne remercia Odin encore une fois, puis s’avança sur l’édifice. Le bifröst se présentait comme une demi-sphère qui, une fois enclenchée, projetait les occupants dans les airs à une vitesse prodigieuse vers une destination préalablement choisit.

Jeanne fendit ainsi les cieux à une vitesse qui ne permettait de ne voir que de vagues couleurs, et imagina que le nom venait venir de là.

Sur les terres nordiques, Thor demanda à son père où il avait disparu la nuit dernière.

« J’ai reçu un courrier d’un confrère » lui répondit-il. « J’ai d’ailleurs besoin d’utiliser le bifröst également, Thor. Je te laisse en charge du royaume en mon absence. »

« Où vous rendez-vous père ? »

« Zeus m’a demandé de le rejoindre, pour discuter d’un sujet urgent » dit-il en s’approchant de la console de destination du bifröst. « Voilà… Direction le mont Olympe », dit Odin, qui ne modifia pas la destination déjà établie.

La Pucelle d’Orléans continua sa traversée des cieux et finit par distinguer des formes plus précises. Elle ne se rendit même pas compte que ses pieds étaient déjà au sol. Non habituée à ce genre de déplacements, tous ses sens s’en trouvaient chamboulés. La guerrière chancela, puis s’accrocha à la première chose qu’elle rencontra pour ne pas s’effondrer au sol. Elle ne s’attendait pas, en revanche, à ce que la chose lui parle.

« Jeanne ?, » fit la chose avec une voix qu’elle crut reconnaître. « Qu’est-ce que tu fabriques ici ? » La voix semblait inquiète même. Les couleurs et les formes commençaient à revenir à la guerrière blonde, et elle distingua un visage encadré de cheveux noirs en bataille. « Hey, ressaisit-toi ma belle, tu es recherchée par le père des cieux ! Tu dois absolument… Qu’est-ce que… Seigneur Odin ? » 


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